Le vingt et unième cours de Jacques Bouveresse au Collège de France de l'année universitaire 2008-2009 pose un problème épineux : que faire à l’égard de doctrines philosophiques dont on est convaincu qu’elles sont fausses ?  Pour y répondre, il se réfère à Quine. Quine, dit Bouveresse, n’a aucun doute sur le fait que la philosophie doit être considérée comme ayant pour objectif la recherche de la vérité, au sens usuel du mot « vérité » ce qui la rapproche de l'esprit scientifique. Cela soulève évidemment la question de savoir de quelle façon on doit se comporter à l’égard de thèses et de doctrines philosophiques dont on est convaincu, comme cela arrive tout de même assez souvent, qu’elles sont fausses et même absurdes. Sur ce genre de question, Quine se montre finalement modéré :

" Il faudrait une représentation équilibrée des philosophies rivales, insiste-t-on. Certes, si l’on retient uniquement l’histoire et la sociologie de la philosophie ; ou l’histoire et la sociologie de la religion. Mais pour qui s’adonne à la philosophie dans un esprit scientifique, comme à une quête de la vérité, pratiquer la tolérance envers une philosophie mal pensante serait aussi absurde que pour un astrophysicien tolérer l’astrologie, et aussi immoral que pour un fondamentaliste fanatique tolérer la doctrine unitarienne" (W.V.O. Quine, Quiddités. Dictionnaire philosophique par intermittence).

 

Mais, justement, la philosophie ne semble réellement comparable ni à la science ni à la religion, poursuit Bouveresse. Il peut exister, parfois, entre une doctrine philosophique et une autre des différences radicales au point qu'elles qui semblent comparables à celles qui existent entre l’astrophysique et l’astrologie, exlique Bouveresse. Cependant le philosophe qui estime être dans la position de l’astrophysicien, ne dispose pas, il s’en faut de beaucoup, de preuves empiriques comparables aux siens pour affronter son adversaire avec l’espoir de le réduire au silence – pour ne rien dire du fait que l’astrophysicien qui accepte la confrontation avec l’astrologue, en ayant à sa disposition de meilleures armes que celles du philosophe, n’a lui-même que peu de chances de convaincre son interlocuteur.

Nous voilà perplexe ! Sommes nous acculé à un relativisme philosophique ? Tout savoir philosophique serait-il impossible à démontrer ? Une philosophie cherche l’équilibre entre des considérations multiples, plus ou moins conciliables, afin de trouver une cohérence adaptée à la complexité de la réalité. La philosophie aborde des problèmes complexe à enjeux multiples et de ce fait les démonstrations sont difficiles. Cependant, certaines philosophies sont rationnelles; argumentées, appuyées sur des savoirs empiriques réputés vrais et par là acquierrent une crédibilité.

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