Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique ne donne pas toutes les acceptions des termes, il les définit selon une cohérence d'ensemble.


Folie  Maladie mentale (définitions)

 

Le mot « folie » fait partie du vocabulaire littéraire et philosophique (philosophie morale) qui qualifie les conduites déraisonnables, absurdes, outrancières, inefficaces, qui nuisent à soi-même et à autrui, ou disconviennent à l’ordre social. La folie est généralement associée à une peur, mais aussi curieusement parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée de l’homme.

Comme représentation socioculturelle, la notion de folie est de nature idéologique, elle s’intègre au corpus plus ou moins normatif d’une époque désignant l’anormal, l’inconvenant, ce qui génère un désordre ou au contraire révélerait génialement une dimension cachée.

Reprise dans le domaine médical au XVIIIe siècle, la notion a été progressivement démantelée en diverses folies partielles, puis abandonnée pour des maladies plus précises : manie, mélancolie, névroses, psychoses, etc. De nos jours, en psychiatrie, on parle de "maladie mentale". Ce terme est tout aussi critiquable, car il fait référence au « mens », à l’esprit, qui serait atteint d’une maladie. Or, l’existence de maladies de l’esprit est pour le moins discutable. Comment l'esprit, au sens d'une substance spirituelle, pourrait-il être malade ? Et si ce n'est pas une telle substance, qu'est-ce qui est malade : la pensée, le vécu, l'entendement ?

En ce qui concerne le domaine de la psychopathologie, les deux termes de maladie mentale et de folie sont inappropriés et il paraît préférable d’utiliser une périphrase comme « dysfonctionnements psychiques entraînant une souffrance et une invalidation », d'usage moins simple, mais aussi moins litigieux.

De tels dysfonctionnements ont pour conséquence un vécu émotionnel pénible, des relations aux autres difficiles, un défaut de socialisation, une invalidation, des symptômes et des traits de caractère pathologiques. L'origine de la pathologie psychique est variable. Elle peut être événementielle et relationnelle, biologique et génétique, ou encore d'origine sociale ; tous ces facteurs pouvant d'ailleurs se combiner et se cumuler.

Pour une vue d’ensemble du domaine de la psychopathologie, voir l’article : Comment se repérer en psychopathologie ?

 


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Alètheia (définition)

 

Dans la Grèce ancienne, le mot alètheia (ἀλήθεια) désignait le sens dispensé par les personnes investies d’une d’autorité sacrée, qu’elles soient aèdes, devins, prêtres ou rois, et plus généralement « Maîtres de vérité », selon l’expression de Marcel Détienne. On croyait à la parole sans preuve, parole qui se suffisait à elle-même, car émanant d’une autorité sacralisée.

Le contraire de l’alètheia n’est pas le faux, le mensonge, mais le caché, l’oubli, ce qui est dans l'ombre (par opposition à la lumière). La déesse Léthé étant la déesse de l’oubli, pour la contrer, il fallait énoncer et mettre en lumière ce qui devait être su de tous.

Pour Platon, « la divination permet de toucher en quelque manière la vérité ». C’est le dévoilement de ce qui est caché à l’appréciation ordinaire. L’alètheia procède de l'intuition immédiate ou de l'art divinatoire, procédés qui permettraient de connaitre les intentions cachées des dieux et la destinée.

Le terme alètheia a souvent été traduit dans les textes religieux des monothéismes par vérité. Elle devient ce qui est énoncé-révélé par le prophète. Il a été repris par Martin Heidegger, prétendant retrouver le sens originaire de l'idée de Vérité pour justifier sa métaphysique du dévoilement de l’être.

L'assimilation de l'alètheia à la vérité a produit une ambiguïté, source de confusion. Cette assimilation a été rendue possible par l’aspect psychologique de la croyance, qui correspond à une adhésion affective. On adhère et valorise ce qui est considéré comme exact et non discutable (et inversement). C'est le statut primitif et affectif de la vérité parfaitement congruent avec l'alètheia. Croyance et vérité se fondent dans la pensée pré-moderne.

Les conditions pour acquérir un statut d'affirmation crédible ont changé à la période hellénistique classique, puis avec la modernité. Alors que la parole magico-religieuse se situait dans un monde de forces et de puissances, on est passé à une réalité dépourvue de forces obscures ou cachées ; alors que la parole d'autorité valait dans les sociétés hiérarchisées autoritaires, elle a perdu sa crédibilité dans les sociétés démocratiques.

Les critères du crédible par révélation, divination, argument d'autorité, critères attachés à l'alètheia, ont été démis de leur validité avec le laïcisation de la société et la sécularisation du monde. La vérité est devenue ce qui se montre ou se démontre.

L’exigence d’une vérité démonstrative est une avancée civilisationnelle qui correspond à une progression du rationnel, mais la civilisation est un processus fluctuant qui parfois régresse, remettant l'alètheia en position de force.

 


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Constructivisme

 

Nous allons voir trois aspects du constructivisme. L’un concerne la philosophie de la connaissance, l’autre l’épistémologie et le dernier la sociologie. Il en existe d’autres que nous laisserons de côté.

L’empirisme spontané suggère que les choses perçues sont là, devant nous et qu’elles existent réellement. L’argument du réalisme empirique immédiat est l’évidence. Quelque peu aveuglé par cette évidence, le réaliste néglige qu’il est l’auteur de ces affirmations.

Emmanuel Kant le premier a signalé dans la Critique de la raison pure que nous connaissons la réalité par l’expérience qui est « un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître produit de lui-même ». C’est le début du constructivisme qui s’est véritable développé avec la psychologie de la connaissance, dont Jean Piaget a été le pionnier.

Le constructivisme considère que la réalité naît de l’interaction entre nous et le monde, interaction qui se nomme l’expérience. L’expérience construit ce que l’on appelle la réalité. Mais, le monde résiste et s’oppose. Connaître empiriquement consiste à cerner cette résistance. La réalité vient donc d’une interaction entre le monde et l’activité de connaissance.

Le constructivisme n’exclut pas le réalisme. Le constructiviste admet que la connaissance empirique se heurte au monde réel lors de la construction de la réalité et que les deux sont à considérer simultanément.

Sur le plan scientifique, Gaston Bachelard a mis en avant que la science construit ses objets. Elle les construit dans un projet de connaissance qui les remanie au fil de l’avancée du savoir et de l’évolution des méthodes. C’est le constructivisme épistémologique.

Le constructivisme sociologique, apparu dans les années 1960, s'est opposé à l’essentialisme de la même manière que le constructivisme philosophique s’est opposé au réalisme empirique spontané. Selon l’essentialisme sociologique, des individus, des groupes de sociaux peuvent être définis par certaines caractéristiques essentielles, visibles et objectives qui seraient éternelles et inaltérables.

Le constructivisme sociologique met en évidence que ce sont les acteurs sociaux, au travers de leurs discours et de leurs actions, qui produisent les faits sociaux, ce qui introduit une historicité et une relativisation. Il prend parfois une tournure radicale supposant que la réalité sociale n’existerait que par l’activité humaine. Cette radicalité dénie les contraintes physiques, biologiques, économiques qui interagissent avec le social et ne dépendent pas de l’action humaine.

 


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Être (définition)

 

Dans l'usage logique, le verbe « être » constitue la copule qui indique les qualités, caractères, etc. du sujet en le liant à ses attributs. « A est b » est une proposition qui attribue la qualité b au sujet logique A.

Dans un usage métaphysique, le nom « être » signifie que l’on suppose un fondement derrière les « étants » concrets (les choses, les personnes) ou les fictions théoriques (L’Un, Dieu, etc.). Le terme Être signifie une existence indéterminée et indifférenciée, mais la transformation du verbe en substantif s’accompagne parfois d’une substantivation : l’être serait substantiel.

L’emploi du terme est souvent connoté implicitement par un au-delà transcendant du monde et, dans ce cas, il est noté avec une majuscule : Être. La métaphysique prétend en avoir connaissance par intuition directe ou par le raisonnement, ce qui la conduit à questionner ou qualifier l’être (ou la substance) de diverses manières.

L’une des manières consiste à se demander quel est le mode d’être de tel étant qui en tant que phénomène serait une apparence. Dès lors, il s’agirait de dévoiler l’être caché derrière l’apparence, le « dévoiler ». Par exemple, selon Martin Heidegger, le mode d’être du Da-sein (l’homme) se trouverait en répondant à la question « qui est ? » et celui des choses en répondant à la question « quoi ? ».

Il semble naïf de supposer que, partant de l’expérience ordinaire et subjective, on puisse par un raisonnement accéder au fondement substantiel du monde. Les réponses aux questions posées à la réalité empirique ne peuvent s’appliquer à une entité générale, abstraite et indifférenciée comme l’être.

Dans une perspective ontologique prudente, on utilisera le concept d’existence à la place d’Être pour signifier que l’on porte un jugement affirmatif et positif sur le monde (il exsite). Si l’on fait allusion à un fondement possible de la réalité empirique, le terme de réel est plus adapté. L’opposition de l’être à l’étant se résorbe alors dans la relation du réel à la réalité.

 


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Épistémè (définition)

 

Michel Foucault, durant une période que l'on peut approximativement situer entre 1965 et 1977, a développé et utilisé le concept d'épistémè. Le mot épistémè vient de la racine grecque επιστήμη qui signifie savoir ou connaissance.

L’intention de Michel Foucault est de « saisir les transformations d'un savoir à l'intérieur à la fois du domaine général des sciences et, également, à l'intérieur du domaine en quelque sorte vertical que constitue une société, une culture, une civilisation à un moment donné » (Entretien avec Noam Chomsky, 1971). Au premier abord, l'épistémè d'une époque renvoie à une façon de penser, de se représenter le monde qui s’impose à la communauté savante en général. L'inspiration structuraliste est présente dans l'élaboration du concept.

Michel Foucault reviendra sur cette façon de voir et déportant sa recherche de la pensée vers la pratique du discours (énoncés, énonciation, formations discursives) inspiré par la philosophie du langage anglophone. Il restreindra l’extension du concept en le restreignant aux seules sciences, renonçant ainsi à une approche culturelle globale.

Épistémè sous-entend que tout scientifique d’une période considérée, qu'il en soit conscient ou pas, raisonne à partir de concepts et d'une vision du monde qui définissent des problématiques obligées, des objets de la connaissance précis, des manières de théoriser contraignantes.

Une épistémè, c'est l'ensemble des catégories et raisonnements présents durant une période historique donnée et qui forment un système contraignant pour la pensée. L’ambition n’est pas simplement descriptive, elle est de mettre en évidence une contrainte structurelle dans la genèse du savoir qui permet de dépasser les « opérateurs synthétiques » évoqués traditionnellement : volonté, intentionnalité, génie de l’auteur ou encore sujet du discours ou sujet transcendantal.

Décrire une épistémè, c'est retrouver et résumer la cohérence de ces manières de penser et de pratiquer qui saturent l'espace intellectuel à un moment donné de l'histoire des sciences. L'épistémè ainsi conçue mettrait en évidence les conditions de genèse des connaissances scientifiques du moment.

 


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Représentation (définition)

 

L’étymologie latine repræsentare signifie rendre présent. Elle ne suffit pas à expliciter le terme, car représenter produit une présence particulière, qui tient lieu d'autre chose, qui se substitue à un original. En son sens premier, représenter c’est présenter en remplacement d’autre chose.

Sur le plan cognitif, la représentation permet de redoubler sous une forme symbolique divers types de données, en particulier en utilisant les divers langages dont l'homme dispose.

Ceci demande une capacité cognitive particulière et spécifique dite représentationnelle, qui joue un rôle décisif pour la pensée humaine et pour la cognition en général. Elle permet de dédoubler, de différer, de réverbérer et de lier des données entre elles. C’est ce qui donne ce que Jean Piaget nomme la « fonction symbolique », qui est d’une singulière importance, car l’homme vit dans un univers représentatif. La capacité représentationelle de l'homme produit des faits symboliques, non concrets, mais qui existent dans la réalité empirique et qui ont une effectivité.

Cette capacité fonctionnelle joue sur divers plans de la cognition. Elle est particulièrement déterminante pour le langage. Les langages (verbal, imagé, musical, gestuel) ne pourraient être mis en œuvre sans cette fonction, car ils ont pour fondement de relier des formes signifiantes plus ou moins complexes à des signifiés divers (perceptions, notions, concepts) plus ou moins sophistiqués.

La capacité de représentation est générée par le niveau cognitif, que nous nommons chez l'homme, au vu de l'importance majeure de la représentation, « niveau cognitivo-représentationnel ».

 


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Cognitif - Cognition (définitions)

 

Cognitif et cognition ont trait à la capacité à connaître. Ces termes neutres, sans présupposés substantialistes, sont d’un emploi facile, car ils présentent peu d’ambiguïté.

On peut rassembler sous le terme de cognition les capacités humaines d’intelligence, d’idéation, de langage, de calcul, d’invention, de jugement, de réflexion, etc. Une place particulière doit être faite à la représentation.

Plus spécifiquement, la cognition a trait aux nombreux et divers processus de traitement de données, qui concernent les données les plus simples comme les perceptions ou les plus complexes comme les concepts. Les processus en jeu sont très divers, basiques ou élaborés, rationnels ou irrationnels.

Cette définition de la cognition évite les présupposés matérialistes ou spiritualistes concernant l’activité humaine de connaissance. Elle suppose que cette activité est le fait de processus de même nature qualifiés de « cognitifs » qui ont des caractères communs et sont interactifs les uns avec les autres.

La cognition, selon la thèse du réductionnisme biologisant est générée par le niveau neurobiologique et, selon l'hypothèse spiritualiste-idéaliste, elle est attribuée à l'Esprit. Il existe une autre possibilité consistant à supposer aux processus cognitifs une forme d'existence propre correspondant à un niveau ontologique spécifique, le niveau cognitivo-représentationnel. Cette dernière thèse est plus heuristique que la thèse réductionniste, car elle permet d’envisager une autonomie de la cognition.

 


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Archéologie philosophique - Archéologie du savoir (définitions)

 

Le terme d’archéologie philosophique a été utilisé pour la première fois par Emmanuel Kant dans sa dissertation sur « les progrès réels de la métaphysique en Allemagne depuis Leibniz et Wolf » (1793, publié en 1804). Comme il n’y a pas de définition communément admise, nous nous référerons aux auteurs qui emploient le terme d'archéologie.

Michel Foucault utilise le terme « archéologie du savoir » pour différencier ses travaux de ce qu'il est convenu de nommer l’histoire des idées. Après avoir avancé le terme « d’épistémè » dans Les Mots et les Choses (1966), celui « d’archéologie » apparaît trois ans plus tard lorsqu’il explicite sa démarche.

Dans l’ouvrage éponyme, L’Archéologie du savoir, il différencie énoncé, formation discursive et archive. Les énoncés organisés en formations discursives présentent une homogénéité. Il y aurait un « système général de la formation et de la transformation des énoncés » (L'Archéologie du savoir, p. 171). Le rôle de l’archéologie est de mettre à jour ce système de transformation qui serait « la condition de possibilité des énoncés » (à côté d’autres conditions, logiques, psychologiques, grammaticales, qui ne sont pas prises en compte).

Dans une interview du 09/05/1969, Michel Foucault insiste pour définir les formes, le fonctionnement et la pratique du discours comme l’objet propre de l’archéologie. Ils seraient différents des pensées et différents des pratiques sociales, économiques, politiques. Il s'agirait de rendre compte de « ce que les hommes font lorsqu’ils parlent ».

Mais, en même temps, Foucault définit l’archéologie comme « une histoire de ce qui rend nécessaire une certaine forme de pensée », ce qui n’est pas la même chose, car la pensée implique toujours la mise en œuvre de processus cognitifs associant des concepts et des formes de rationalité (ce qui s’oppose à une possible formation autonome des énoncés).

C’est en ce sens qu'Alain de Libera reprendra le terme à Michel Foucault (Leçon inaugurale au Collège de France). Pour lui, il s’agit plus spécifiquement d’une archéologie philosophique (et non du savoir en général) visant à restituer une dynamique : les processus conduisant d’un événement de pensée à un autre.

De Libera reprend à Robin George Collingwood le « constructive re-enactement » consistant à re-penser comme les auteurs étudiés en s’immergeant dans leur contexte. Il s'agit de reproduire les événements de pensée qui ont eu lieu. Pour cela, il faut reconstituer les Complexes de Questions-Réponses présents à l’époque et qui caractérisent la dynamique philosophique en cours. « L’archéologie montre comment les complexes questions-réponses s’enchaînent de manière ordonnée » (Séminaire, Collège de France, 26 juin 2014).

Il reste à savoir si l’historicisation de la pensée que représente l’orientation "archéologique" doit être distinguée et séparée de l’histoire des idées.

 


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Capital (définition)

 

Thomas Piketty propose comme définition du capital : "l'ensemble des actifs non humains qui peuvent être possédés ou échangés sur le marché" (Piketty Th., Le capital au XXIe siècle, Paris, Seuil, 2013 , p. 82).

Il est intéressant de repérer, au sein de la masse patrimoniale globale, ce qui sert à un usage individuel (la richesse personnelle) et ce qui sert à un usage économique même si, en pratique, cette distinction est difficile à établir, car il y a des passages de l'un à l'autre.

Le capital à usage économique est mobilisé en permanence pour un projet qui vise sa reproduction et son augmentation en passant par la production de biens et services. Le capital à usage personnel consiste en biens meubles et immeubles possédés pour leur usage à titre personnel ou familial. L'ensemble des deux constitue le patrimoine.

La distinction tient au cycle des échanges et à leur finalité.

À titre personnel ou familial, on vend une marchandise (y compris son travail), afin de toucher de l'argent pour acheter un autre bien. C'est un cycle : Marchandise → Argent → Marchandise, dont la durée tient à l'usage de la marchandise achetée. Une maison est utile pour y habiter et peut être conservée longtemps, voire plusieurs générations. Le temps du cycle est déterminé par la durée d'utilisation du bien.

Concernant le capital mobile investi dans l'économie, l'agent économique achète une marchandise pour la revendre. C'est un cycle : Argent → Marchandise → Argent. La marchandise peut être elle-même de l'argent, ou un équivalent (actions, obligations, etc.). Ce qui est acheté n'est pas utilisé à titre personnel et sera conservé le temps de faire un bénéfice (temps qui peut être très court, inférieur à la seconde dans le trading haute fréquence). Les grands flux financiers mondiaux, la production massive de biens et services, les effets sociétaux et environnementaux de l'économie, sont dus au capital mobile.

 


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Civilisation (définition)

 

La définition présentée ici s’inspire étroitement des travaux de Norbert Elias. Par civilisation, on nomme le processus de transformation qui concerne simultanément la société, les individus et la culture (au sens large). Le processus n'est ni voulu ni planifié, et se ne déroule pas selon une finalité prédéfinie. Il suit, dans la longue durée, un mouvement continu que l'on peut décrire selon trois axes.

1. Dans ce mouvement général de civilisation, l'organisation sociale, c’est-à-dire les interdépendances entre les groupes humains et au sein des groupes constitués, va en augmentant et en se complexifiant. L'évolution conduit vers la recomposition d’entités politiques sans cesse plus larges. À cet égard, la genèse de l’État occupe une place centrale.

2. Au cour du processus civilisationnel, l’économie psychique individuelle s’affine. La répression et la sublimation des pulsions (d’agression, sexuelles et nutritionnelles) favorisent la pacification des relations interpersonnelles et engendre la civilité ; ce qui se traduit par les manières de se conduite et de ressentir plus douces, plus soucieuses d'autrui (une évolution des mœurs). La tendance à une maîtrise sans cesse plus raffinée et nuancée de soi-même permet le relâchement maîtrisé typique des sociétés permissives.

3. Les représentations collectives du monde changent, deviennent plus réalistes et raisonnables, les aspects scientifiques prennent de l’ampleur, les arts et la culture s'émancipent par rapport aux religions.

Les acquis civilisationnels sont sans cesse à reconstruire individuellement et collectivement. Individuellement, par l’éducation qui transmet et accomplit en raccourci le processus civilisationnel. Collectivement, par le maintient d’institutions qui contribuent à l’élargissement des interdépendances et à la transmission du savoir. Ce qui a été acquis peut se perdre et les tendances régressives peuvent dominer plus ou moins massivement et plus ou moins longtemps.

 


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