Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique définit les termes selon une cohérence d'ensemble et propose des choix parmi les diverses acceptions possibles.


Paranoïa (définition)

 

La notion de paranoïa recouvre un ressort psychologique courant (désigné par le terme populaire « faire une parano ») associant méfiance et susceptibilité et une pathologie psychique grave, d’abord identifié par la psychiatrie comme un délire chronique (fin du XIXe siècle), puis comme une forme de personnalité (au début du XXe siècle).

Chez les personnalités paranoïaques, la relation à la réalité est faussée, ce qui provoque des interprétations tendancieuses qui parfois se transforment en délire. Elles pensent subir des dommages de divers ordres, ce qui provoque une méfiance, des réactions agressives et une lutte active, ou, au contraire un repli.

La paranoïa pose un problème politique non négligeable, car, à tous les échelons sociaux (du petit groupe à l'État Nation), des personnalités paranoïaques cherchent à imposer un pouvoir autocratique et à entraîner les autres dans leur vision persécutive du monde.

La tendance « parano », consistant à se sentir lésé et à suspecter une intention mauvaise chez les autres, est très présente chez beaucoup de personnes. Elle peut donc facilement être mise en jeu, stimulée et exacerbée en particulier par le procédé consistant à désigner des ennemis, à suspecter des complots, désigner des responsables servant de boucs émissaires. Le procédé constamment employé est malheureusement efficace pour entraîner les masses et il est dangereux politiquement.

 


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Chose en soi (définition)

 

Le terme vient d’Emmanuel Kant qui parle de chose en soi (Ding an sich) pour désigner la chose par elle-même, sans référence à la conscience ou à la connaissance empirique que nous en avons.

Il s’ensuit une limite, car « quand même nous pourrions porter notre intuition à son plus haut degré de clarté, nous n'en ferions point un pas de plus vers la connaissance de la nature même des objets. Car en tous cas nous ne connaîtrions parfaitement que notre mode d'intuition, c'est-à-dire notre sensibilité, toujours soumise aux conditions d'espace et de temps originairement inhérentes au sujet ; quant à savoir ce que sont les objets en soi, c'est ce qui nous est impossible même avec la connaissance la plus claire de leurs phénomènes, seule chose qui nous soit donnée » (Kant E., Esthétique transcendantale).

La question ne concerne pas légitimement la perception immédiate du concret, celle des objets usuels, des végétaux ou des personnes, car n'y a pas d'intuition possible de l'en soi de ces choses. De tels propos, souvent qualifiés de phénoménologiques, n'aboutissent qu'à des spéculations obscures et sans fondement.

Par contre, le problème concerne le monde en général. Dans le domaine ontologique, la question se pose de savoir si ce qui existe en dehors de nous (en soi), sans référence à la conscience ou à la connaissance empirique que nous en avons, peut être connu. Si on adopte une ontologie réaliste, on admettra qu’il existe un réel indépendant (en soi), auquel nous avons un accès indirect et incertain grâce aux faits empiriques et que nous concevons théoriquement de manière partielle grâce aux sciences fondamentales.

 


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État-limite - Borderline (définition)

 

Dans les années 1950, la prévalence de la division de la psychopathologie entre névrose et psychose ne laissait pas de place pour situer un certain nombre de cas pourtant repérés cliniquement. On les a conçus comme des formes cliniques ou des états transitoires attendant de basculer vers l'un des deux types de pathologie ou de forme de personnalité (selon la manière de les considérer). D'où les termes d'états-limites, dit aussi "borderline" dans la littérature anglophone.

Pourtant, les personnes états-limites ne sont pas dans des états transitoires ou intermédiaires, mais ont bien des formes de personnalité stables. Les aspects cliniques demeurent les mêmes au fil du temps et, sur le plan psychique, on a affaire à un déficit narcissique constant qui n'évolue pas spontanément.

Si on se place dans le cadre d'une théorie de la personnalité, il vient à l'idée de proposer le terme "d"intermédiaire" pour ce type de personnalité (intermédiaire entre névrose et psychose). On peut les définir par la prépondérance de la problématique narcissique et de l'insuffisance des grandes fonctions stabilisatrices du psychisme. L’anamnèse montre une histoire irrégulière avec des carences affectives importantes dans l’enfance (même si elles sont masquées). Les moments dépressifs revêtent un caractère particulier dominé par un sentiment de solitude, d’abandon, de vide, de creux. Il s'agit d'un type de personnalité présentant de nombreuses variantes.

La terminologie n'est pas fermement, ni définitivement, fixée. Le terme est ambigu et dépend du contexte théorique dans lequel il est employé. Toutefois, si on admet d'un point de vue psychopathologique qu'il existe plusieurs types de personnalité, les qualificatifs de névrotique, psychotique et intermédiaire permettent de les distinguer (voir : Les formes de la personnalité en psychopathologie).


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Névrose (définition)

 

L'idée de névrose a beaucoup évolué du XVIIIe siècle à nos jours. Cette classe de maladies a été créée par William Cullen en 1769 pour désigner des maladies dépendant d'une affection générale du système nerveux. En Autriche, vers 1845, Ernst von Feuchtersleben oppose névrose et psychose. La psychose serait une maladie mentale par opposition à la névrose qui dépendrait d'une altération du système nerveux.

Mais, à la fin du XIXe siècle, dans son Traité des névroses, Alexandre Axenfeld donne la définition suivante des névroses : il s'agit d'états morbides qui présentent la double particularité de se produire en l'absence de toute lésion appréciable et ne pas entraîner par eux-mêmes de changements profonds et persistants dans le système nerveux.

Un tournant sera pris à la fin du XIXe siècle lorsque Sigmund Freud, s'interrogeant sur la "lésion dynamique" de Jean-Martin Charcot, montrera qu'elle est de l'ordre de la représentation et non à caractère neurologique. Recherchant l'origine de ce dysfonctionnement (son étiologie), il tombe sur des événements traumatiques dont il suppose qu'ils restent mémorisés sous forme de représentations et d'affects pathogènes.

Au XXe siècle, la mise en avant de la personnalité dans l'étude de la psychopathologie a permis de parler de personnalité névrotique, mais au cours de la décennie 1970, l'Association américaine de psychiatrie a supprimé le terme de névrose du Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM version III - 1980). Les troubles correspondants sont considérés comme un symptôme ou un groupe de symptômes.

Le terme de névrose est ambigu et dépend du contexte théorique dans lequel il est employé. Toutefois, si on admet d'un point de vue psychopathologique qu'il existe plusieurs types de personnalité, les qualificatifs de névrotique, psychotique et intermédiaire, permettent de les distinguer (voir : Les formes de la personnalité en psychopathologie).

 


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Psychose (définition)

 

Le terme de psychose a beaucoup évolué et changé plusieurs fois de sens du milieu du XIXe siècle à nos jours. On en attribue la paternité à Ernst Feuchsterleben qui l'a utilisé vers 1845 pour qualifier les maladies mentales inconstantes et sans lésion décelable par opposition à névroses, maladies avec atteinte nerveuse. Au XXe siècle, le terme a pris une acception vaste et floue centrée sur la gravité qui impliquait une désadaptation importante, un aspect délirant, une méconnaissance de son état, des expériences hallucinatoires, des idées délirantes, une distorsion de la pensée. La notion était donc devenue une catégorie clinique qualifiant un état préoccupant qui pouvait être aigu, chronique ou périodique.

Le courant de psychopathologie dynamique (psychanalytique) a remis en avant l'opposition névrose-psychose, la référant aux deux structurations possibles du psychisme. "Dans la structure psychotique, un déni porte sur toute une partie de la réalité, c'est la libido narcissique qui domine, le processus primaire qui l'emporte avec son caractère impératif, immédiat, automatique ; l'objet est fortement désinvesti et il apparaît, selon les formes cliniques, tout un éventail de défenses archaïques coûteuses pour le Moi" (Bergeret J., Psychologie pathologique, p. 135.).

Cette approche est intéressante, mais insuffisante et contribue à une confusion en traçant les figures par trop englobantes "du psychotique" ou de "la psychose". Par exemple, P. Dubor nous parle "du psychotique " en général qui aurait telle ou telle caractéristique (Dubor P., Psychologie pathologique, p. 167-185.). Il inclut le paranoïaque, le schizophrène, l'autisme, qui sont très différents et ne peuvent pas être légitimement logés dans le même et unique cadre de "la psychose".

Le qualificatif "psychotique" s'applique tantôt aux personnalités présentant des distorsions des fonctions psychiques ayant trait à la réalité et à la relation aux autres, présentant un fonctionnement psychique archaïque, tantôt aux maladies telles que la schizophrénie ou les troubles bipolaires, les états confusionnels, les autismes. Le terme de psychose est donc ambigu et dépend du contexte théorique dans lequel il est employé. Toutefois, si on admet d'un point de vue psychopathologique qu'il existe plusieurs types de personnalité, les qualificatifs de névrotique, psychotique et intermédiaire, permettent de les distinguer (voir : Les formes de la personnalité en psychopathologie).

 


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