Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique définit les termes selon une cohérence d'ensemble et propose des choix parmi les diverses acceptions possibles.


Univers (définition)


Le terme d'Univers est souvent utilisé pour désigner la partie du Monde connue grâce aux sciences. C'est le sens que nous retiendrons. Il suppose plusieurs idées complémentaires, telles que l'autonomie, l'unité et le déterminisme. Il s'agit de l'universae res, l'ensemble des choses et des processus connus, considérés comme existant par eux-mêmes.

Il y a une unité dans l'Univers, au sens où les mêmes lois se retrouvent partout. Par exemple, la gravité fait effet aussi bien sur Terre quand on porte un poids que dans une galaxie située à des millions d'années lumières. Il y a une autonomie de l'Univers, car les choses, faits, événements existent, interfèrent, évoluent par eux-mêmes indépendamment des souhaits humains et des volontés divines. L'Univers est déterminé, neutre, sans caprice. Son ordre lui est immanent, il est exempt de miracles, de forces occultes, d'interventions divines, de maléfices, d'actions magiques. Le concept d'Univers est lié à la sécularisation du Monde.

Le terme se définit aussi par différenciation des idées de Nature et de Monde.

Le concept d'Univers aide par sa neutralité à éviter les querelles et oppositions liées à l'idée de Nature. Qui dit Nature, dit non-Nature (surnature, transcendance, idéalité, société), par contre qui dit Univers ne sous-entend pas non-Univers. La Nature, d'abord magique, peuplée de Dieux, est devenue une Nature matérialiste du XIXe siècle pour, maintenant, désigner plutôt l'environnement terrestre et surtout vivant lorsqu'il est (encore) autonome et survit aux effets techno-industriels de l'Homme. Acception à laquelle nous nous tenons dans ce vocabulaire.

Dans le langage courant, Monde et Univers sont généralement confondus. Il faut toutefois distinguer l'idée englobante d'un tout, de la réalité telle qu'on arrive à la concevoir progressivement au fil des avancées du savoir. Pour cela, nous dirons que l'Univers est situé dans les limites du connu et par là se distingue du Monde, qui est l'idée de la totalité. Même il y a une extension progressive du savoir sans limitation précise, ce qui est connu ne peut équivaloir à la totalité. Le concept d'Univers note la limite du savoir humain sur le Monde.


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Écologie - Écosystème (définitions)

 

Ernest Haeckel a créé le mot, en 1866, par l'association du grec οἶκος / oîkos (habitat) et λόγος / lógos (« discours »). Il voulait ainsi désigner une nouvelle science de l'habitat au sens du milieu naturel. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, il désignait par ce terme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d'existence ».

On dira aujourd'hui que l’écologie est l’étude scientifique des interactions et échanges dans l'environnement terrestre en rapport avec les êtres vivants. Cette connaissance pense principalement en termes d'ensembles, d'organisations et de systèmes, car dans l'environnement terrestre rien n'est complètement isolé, tout interagit. L'ensemble des êtres vivants, de leur milieu de vie et les relations qu'ils entretiennent forme un écosystème. L'écologie étudie les écosystèmes.

Grâce à l'écologie, la question nature-culture se pose de manière empirique. L’écologie, comme la biologie, montrent que l'Homme fait partie du vivant, mais d'une manière singulière, car la société et la techno-culture nous permettent de vivre dans un néo-environnement façonné selon nos besoins et des enjeux sociaux. L'extension continue de l'espèce humaine et de son industrie a modifié massivement l'environnement terrestre.

L'écologie politique tente de faire entrer les préoccupations environnementales dans le champ du débat public. Elle s'est amorcée à partir des années 1960 dans la poursuite de la tradition des naturalistes depuis 1970. L'enjeu proprement a été souligné par André Gorz dans son texte inaugural, « Leur écologie et la nôtre », de 1974.

 


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Chose – Chosisme (définitions)

 

D’un point de vue empirique, les choses sont les éléments concrets qui nous entourent dans la vie ordinaire. Elles sont identifiées par nos sens et par l’action, et l’on admet (selon le réalisme spontané) qu’elles sont là, présentes et interagissent avec nous. Les choses sont inertes et dépourvues d’activité ou de volonté propres. On y oppose les animaux et les humains (qui sont également des personnes). Les choses sont caractérisées par leurs propriétés.

Le terme a une extension vaste et vague et on le trouve employé selon des sens très différents. La chose publique (res publica) est l’existence trans-personnelle d’une organisation politique, ce qui se différencie complètement de la chose concrète. La chose étendue ou pensante (res extensa / res cogitans), renvoi au concept de substance.

La chose en soi (Ding an sich) d’Emmanuel Kant désigne ce qui est (par soi-même) en dehors de la connaissance que nous pourrions en avoir. Il ne s’agit pas des choses concrètes individualisables, mais d’une désignation générique de ce qui existe.

Dans une perspective épistémologique, les choses sont les référents individualisables dont on suppose l’existence dans notre environnement. Le terme est aussi employé pour noter la séparation du concret empirique et autonome (les choses en général) des fictions, illusions et fantasmes qui se projettent spontanément sur l'environnement.

Deux doctrines s’opposent. La doctrine qui considère, selon un réalisme immédiat, que les choses concrètes existent par elles-mêmes. Elle est appelée le « chosisme ». Les choses seraient là, devant nous, d’évidence. S’y oppose le « constructivisme » qui suppose une activité de connaissance active associant la perception, l’action et la pensée, pour saisir la réalité. Dans ce dernier cas, on préfère le terme d’objet, afin de se distancier du réalisme naïf des choses. L’objet peut devenir très complexe, comme les objets des sciences qui résultent d’une longue élaboration au sein de chaque discipline scientifique.

Gaston Bachelard parle d’un échec du chosisme face aux objets de la micro-physique tel que les électrons, les protons etc. Leurs propriétés ne sont jamais les propriétés des choses communes. On ne peut les considérer de la même manière.

 


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État (définition)

 

On appelle État l’ensemble des institutions qui organisent une nation au sens d'une communauté humaine unifiée par une histoire, une culture, une langue ou une religion et occupant un territoire défini. Les institutions de l'État effectuent diverses actions politiques dont les principales sont nommées les « fonctions régaliennes ».

L’État assure la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense armée du territoire. Il assure la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre public. Il garantit le droit et rend la justice. Il assure la souveraineté économique et financière de la Nation. Il garantit la vie sociale au sein de la nation. Les États modernes sont en interaction permanente avec les autres États, les organisations internationales et au sein de la nation avec les villes et les régions, mais aussi les entreprises et les groupes d’intérêts.

Les formes prises par l’État sont variables et considérées comme des types d’organisation politique (dictature, monarchie, oligarchie, démocratie). Ces formes réalisent des combinaisons multiples entre liberté et contrainte, centralisation et délégation, respect du droit ou arbitraire, concentration ou pluralité du pouvoir.

Aux deux extrêmes se trouvent l’État de droit démocratique et la dictature. L’État de droit démocratique a pour fin de limiter le pouvoir des groupes sociaux concurrents afin de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens et l’équilibre social de la nation par la redistribution et les services publics. La dictature favorise un groupe social limité par la coercition policière et idéologique du peuple considéré comme une masse sans droits au service des dirigeants.

Les États sont en concurrence. Ils peuvent s’associer (alliance, union ou fédération), afin d’avoir plus d’influence dans les interactions politiques, économiques et guerrières, face aux autres États.

Les conceptions philosophiques de l'État cherchent à le justifier ou à l’expliquer de manière globale.

Pour l’idéalisme (Friedrich Hegel), l'État est la réalisation de l'Idée et de Dieu, car l’Idée, autonomisée, détermine la réalité en particulier sociale et politique.

Pour Thomas Hobbes, John Locke, Jean-Jacques Rousseau, l'État est une création humaine, une convention par laquelle chacun renonce à son droit, ce qui permet un ordre dans les rapports humains selon la réciprocité et un contrat entre les individus et l’organisation étatique souveraine qui les dépasse. Ce sont des conceptions dites contractuelles et artificialistes.

Pout les explications dites matérialistes, mais qui sont plutôt un réalisme économique et social, l’État est le résultat des forces sociales à l’œuvre correspondant aux conditions concrètes de la société civile qui tiennent à la répartition des ressources économiques et du pouvoir. C’est l’explication proposée par Karl Marx.


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Nature - Culture (définition de l'opposition)

 

La dualité nature/culture est présente depuis le début de la civilisation et sert à situer la place des Hommes de la Société par rapport à ce que chaque civilisation perçoit et conçoit de l'Univers environnant.

Cette opposition entre Nature et Culture est une thèse ontologique qui distingue deux formes existences, l’une naturelle, l’autre culturelle.

Les conceptions sur le rapport des deux ont énormément varié au cours de l'histoire et selon la civilisation concernée, allant de l’inclusion à la différenciation douce et continue, jusqu’à l’opposition radicale. La thèse dite « naturaliste » inclut l’Homme et la société dans la Nature et la thèse « culturaliste » les distingue.

Le problème inclut généralement un troisième terme, celui du surnaturel, des forces occultes, des Dieux et Génies, ou du Dieu des monothéistes, ce qui en fait un problème métaphysique. Il y aurait trois formes d'existence dans le monde : naturelle, surnaturelle, humaine et culturelle.

Les relations supposées entre elles ont changé : le surnaturel ou les dieux peuvent être présents dans la nature ou au-delà, au-dessus dans la sphère idéale de la transcendance (le surnaturel), mais pouvant intervenir. C’est grâce à la séparation radicale de la Nature et du surnaturel que la modernité et la connaissance scientifique se sont produites.

L’opposition, ou la fusion, entre nature et culture est une donnée idéologique qui a une force et un effet civilisationnel certain. Mais le philosophe, au titre d’une réflexion autonome, peut prendre de la distance.

Plutôt que de considérer la relation culture/nature comme un problème par rapport auquel il devrait se prononcer, il peut le voir comme une idée effective, mais sans pertinence pour lui. C’est une conception humaine traditionnelle, un héritage mythique, constituant un problème inadéquat pour penser le Monde et à remplacer par d'autres problèmes plus intéressants, à savoir :

- D'un point de vue pratique, la relation de l'Homme et son environnement terrestre avec les modifications écologiques qui s'ensuivent. La Nature est à concevoir comme l'environnement au sein duquel l'Homme et la Société s'insèrent et avec lequel ils interagissent concrètement.

- D'un point de vue ontologique, il faut éviter l'idée de Nature et la remplacer par celle d'un Monde comportant des formes d'existence diversifiées et asymétriques (physique, chimique, biochimique, biologique, cognitivo-représentationnel et social) et tenter de concevoir comment ces formes interagissent entre elles.

- Si par métaphysique on entend une ontologie fictive, le mieux est d'éviter ce sujet.

Philosopher ne consiste pas à donner son avis sur tout, mais au contraire à désigner certaines questions comme n'étant pas pertinentes, car elles engagent dans des controverses sans aboutissement, ce qui est le cas de l'opposition ontologique et métaphysique entre nature et culture.

 


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