Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique ne donne pas toutes les acceptions des termes, il les définit selon une cohérence d'ensemble.


Sens (définition)

 

Pour ce qui et du « sens" des mots, il paraît préférable d’utiliser le concept de signification, car le terme de sens a une acception bien plus large qui dépasse cet usage sémiotique. La signification d’un énoncé bien formulé est plus univoque alors que le sens est vaste, pluriel, et concerne des domaines étrangers au langage.   

Par exemple, le sens donné à la vie humaine suppose un déroulement, une histoire ou un projet. Il demande une réflexion qui peut être longue. On n’est plus dans l’ordre langagier, mais dans celui de la culture, du symbolique, vosir de la métaphysique. Trouver le sens d’une attitude, d’un propos, demande toujours une interprétation, qui peut être tout à fait fausse, ce qui ouvre la porte aux malentendus. Le sens d’une œuvre d’art renvoie à une pluralité interprétative et à un contexte à la fois personnel, culturel et historique.

Le sens s’oppose au non-sens, au vide, à l’absurde qui sont des facteurs de désillusion, de tristesse, de dépression. Le sens n'est pas neutre du point de vue affectif. Toute société propose des mythes, des légendes, des grands récits, des idéologies qui véhiculent du sens et qui sont fortement investis du point de vue émotionnel.

Le sens utile à guider la vie humaine est à inventer. Il n’y pas de télescope qui permettrait de le trouver en pointant vers le ciel des Idéalités ou vers le point oméga de l’horizon téléologique. La philosophie, à côté de son rôle de connaissance, a aussi pour rôle de proposer des récits qui donnent un sens à la vie humaine. Ils se doivent d’être rationnels et ancrés sur des savoirs solides, ce qui les rend différents des idéologies et des religions. La philosophie est pourvoyeuse de sens.

 


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Signification (définition)

 

La signification est en rapport avec les signes, elle a trait aux effets produits par les langages humains qui peuvent être verbaux, musicaux, imagés, gestuels.

La théorie linguistique du signe chez Ferdinand de Saussure distingue le signifiant (la forme concrète du mot), le référent (la chose désignée) et le signifié qui correspond à la signification. Mais, la signification ne se limite pas au signe pris isolément. Les mots s’agençant en énoncés, on parle aussi de la signification d’une proposition, d’une phrase ou d’un énoncé complexe. La discipline qui cherche à spécifier les significations de toutes les phrases d’une langue est appelée la sémantique, quant à la sémiotique, elle se donne comme la théorie générale des signes et de leur articulation avec les significations.

Le concept de signification a un double aspect, il désigne à la fois le processus qui lie un énoncé langagier à des contenus cognitifs et représentationnels et ces contenus eux-mêmes. Les capacités cognitives sollicitées sont nombreuses et variées : la signification d’un énoncé concerne aussi bien un concept, un raisonnement que des souvenirs personnels, des aspects culturels ou une chose concrète. Plusieurs de ces aspects peuvent être mis en jeu simultanément, ce qui donne une complexité à la signification. Penser produit une suite de significations qui se spécifient en idées.

Admettre une signification veut dire que l’on ne s’en tient pas aux aspects concrets du langage (les signifiants, les syntagmes, la syntaxe). On suppose que ces aspects mettent en jeu autre chose de l’ordre du cognitivo-représentationnel.

Admettre une signification autonome s’oppose à une pure pragmatique du langage qui le réduit à son usage. Notre définition de la signification est contradictoire avec la théorie énoncée par Ludwig Wittgenstein dans le Tractatus Logico-Philosophicus. Il suggère qu'une proposition significative décrit un état de fait et se réduit à cela. Ultérieurement, il introduira les « jeux de langage » comme médiation entre langage et réalité, mais il persiste à mettre de côté l'activité cognitive et représentationnelle associée à l'activité langagière.

Le mot « sens » est actuellement employé comme synonyme de signification, mais comme il renvoie aussi à des aspects plus larges, comme le sens d’une action, le sens donné à la vie humaine, l’absurdité par absence de sens, etc., il paraît préférable de le réserver à cet usage élargit.

 


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Notion (définition)

 

Les idées issues de l’activité de penser peuvent prendre des formes très diverses. Pour s’orienter dans cet immense paysage, il est intéressant d’utiliser une opposition, celle qui distingue le concept de la notion. Par concept, on entend une idée rigoureuse, abstraite et précise, par contre, le terme de notion désigne plutôt une idée concrète, floue et mal définie.

Une notion est un énoncé apportant un savoir élémentaire, intuitif et imprécis. C'est l'idée que l'on se fait d'une chose ou d'un événement. Une notion est grossière, mais pas nécessairement fausse et elle peut être utile. Spontanément, la pensée utilise des notions qui ont pour but de représenter et comprendre rapidement et immédiatement la réalité, afin de s’y orienter. Mais, cette utilisation rapide et immédiate ne s’accompagne pas d’un travail de distanciation et de réflexion sur la notion employée qui, dans certains cas, serait très utile, car la notion peut être insuffisante ou trompeuse.

La transformation d’une notion en concept demande une élaboration que l’on trouve dans la philosophie et les sciences. La transformation de notions ordinaires en concept scientifique a été étudiée par Gaston Bachelard qui parle d’obstacles à franchir. Pour penser scientifiquement, il faut rompre avec les notions ordinaires, trop immédiates et dont l’extension par similitude est inconsidérée.

 


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Idée (définition)

 

Les Idées platoniciennes sont définies comme des entités absolues, éternelles, immuables, de nature substantielle. Les théologiens ont retenu du platonisme la fonction archétypale des idées et leur ont assigné pour lieu l’intellect divin. Descartes, tout en reconnaissant qu’elles sont des formes de l’entendement divin, déclare qu’il ne connaît pas de terme plus apte à désigner « ce qui est conçu immédiatement par l’esprit ». Dans la philosophie moderne, l’idée est chose de l’esprit ou de l’âme en tant qu’il (elle) invente, conçoit, et non en tant qu’il sent ou perçoit.

Nous laisserons de côté ces approches pour aller vers une définition qui situe les idées comme étant produites par l’activité de penser humaine. L’homme, en pensant, forme des idées qui sont des ensembles finis, individualisables, nommables, transmissibles. La notion est nécessairement floue, car son extension est vaste : il y a toutes sortes d’idées. Il serait vain de les classifier, mais, à titre d’exemple, on peut dire qu’elles sont plus ou moins abstraites, plus ou moins générales, plus ou moins fantaisistes, et qu’elles peuvent toucher tous les domaines du savoir.

Du point de vue philosophique, on peut distinguer les « notions », vagues et peu définies, et les « concepts », abstraits, précis, interagissant entre eux. Emmanuel Kant différencie l’idée du concept, ce dernier étant vérifiable par l’expérience, alors que l’idée naît lorsque la raison tente d’aller au-delà de ce qui est vérifiable.

Il paraît préférable de laisser au terme sa généralité. La vaste extension de la définition des idées est utile pour disposer d’un vocable facilement utilisable, d’une catégorie, qui désigne les différents contenus de pensée pour peu qu’ils soient identifiables et transmissibles et dépassent le stade de la perception.

Les idées ne sont pas concrètes, mais elles ont une forme d’existence ; elles participent du niveau cognitivo-représentationnel. En étant transmises et partagées, elles s’intègrent dans la sphère culturelle. Elles changent et évoluent au fil du temps et l’on peut ainsi faire une histoire des idées.


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Accident (définition)

 

Dans la philosophie traditionnelle (antique, scolastique et au début de la philosophie moderne), le terme accident désigne les modifications non nécessaires qui affectent, plus ou moins provisoirement, un individu.

Pour Aristote, l’accident affecte les substances constitutives du monde. Chez les scolastiques, l’accident tend à se confondre avec la qualité. Pour Descartes, l’accident se définit négativement de ne pas faire partie de l’essence d’un être.

Dans cet usage philosophique, la notion d'accident joue sur une opposition entre un aspect princeps, qui subsiste, et quelque chose de secondaire qui change. Ce qui persiste est considéré comme substance ou essence, et les aspects changeants sont nommés les accidents. Ainsi définit, l’accident est un événement secondaire et particulier ; c’est ce qui dans la réalité est sujet à variations. Par exemple, la forme ou la couleur d'une chose change sous l'effet d'événements comme un choc ou un changement de lumière ; ce sont des accidents par rapport à la chose individualisable qui reste identique à elle-même.

Dans le langage courant, on parle d’accident lorsqu’un événement fortuit nous concerne et provoque un effet remarquable. Un accident peut être heureux ou malheureux, mais la plupart du temps on désigne comme tel un dommage, une lésion. Il reste de l’usage philosophique ancien l’idée de quelque chose de secondaire, qui n’est pas essentiel, qui est associé à la contingence, au hasard ou à l’absence de volonté. Mais, il s’y ajoute (comme pour la notion de hasard) une dimension psychologique qui est l’intérêt porté à l'événement accidentel. Un événement fortuit, mais sans conséquence, n’est pas qualifié d’accident, c’est seulement lorsqu’il interfère avec nous qu’on le nomme ainsi.

 


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Hasard (définition)

 

Lorsque des séries de faits indépendantes les unes des autres concourent à un événement remarquable, on parle de hasard. La dimension psychologique, c'est-à-dire l’intérêt porté à l'événement, est essentielle, car des déterminismes divers interfèrent sans cesse de par le monde sans que nous y prêtions attention. Un événement lointain et sans conséquence ne fait pas parler de hasard, c’est seulement lorsqu’il interfère fortement avec nous que vient cette idée. Le terme "hasard" dénote que l’événement (comme une rencontre importante, un accident grave) qui se produit sans intention ni volonté nous touche. On est ainsi confronté à ce paradoxe que le monde pourtant neutre et indifférent interfère avec nos vies ; le contingent nous affecte. Il en résulte, selon la conséquence heureuse ou malheureuse, une joie, un étonnement, une indignation, un désespoir, une résignation.

Du point de vue scientifique, le mot hasard désigne l’impossibilité de prévoir avec certitude un fait, il est synonyme d’imprévisibilité (on parle de fait aléatoire). Cette imprévisibilité a des raisons différentes. Ce peut être parce que les facteurs mis en jeu sont trop nombreux, ou ne sont pas mesurables avec précision. Un cas plus subtil apparaît lorsque la combinaison des facteurs (dans les systèmes complexes) tends vers l’infini, ou que l'évolution du système dépend de variations infimes (dans les états instables), ou qu'une évolution autonome du système provoque des bifurcations importantes et irréversibles. Enfin, un fait peut dépendre d’un déterminisme engendrant plusieurs occurrences également possibles ; il est alors intrinsèquement aléatoire. Selon le formalisme quantique, les particules élémentaires peuvent se trouver dans des états où plusieurs de leurs paramètres (position, vitesse, polarisation) ne peuvent être précisés.

Le hasard n'invalide pas le déterminisme, il demande à ce que l'on conçoive le déterminisme de manière assouplie. Admettre le hasard ne veut pas dire que le monde soit incohérent et chaotique, mais que la détermination existant dans tel domaine n'aboutit pas nécessairement à des états stables, exclusifs et parfaitement prévisibles. Devant des faits imprévisibles avec précision, le calcul des probabilités permet d’indiquer des pourcentages pour quantifier les chances qu'ils se produisent.

 


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Référent (définition)

 

Désigner un référent et le préciser consiste à saisir un aspect du monde et à porter un jugement positif et assuré sur son existence.

Une expression comme « l’érable qui est dans mon jardin » a pour référent l’arbre planté dans mon jardin, dont l’existence est attestée empiriquement. Une expression sans référent est une fiction. « Le cerisier qui est dans mon jardin » n’a pas de référent, car l’arbre planté dans mon jardin est un érable. C’est une fiction.

Le problème est rendu difficile quand on s’éloigne du concret. Le référent d’une expression comme le président de la République n’est pas seulement la personne concrète que je peux voir ou toucher, mais a trait à une fonction au sein d’une organisation politique. Le président de l’Empire romain est une expression sans référent, car rien de tel n’existe.

Au départ, chaque science empirique identifie un référent sur lequel portera sa recherche. Par exemple, identifier les cellules vivantes a permis à une nouvelle science, la cytologie, de voir le jour. Deux remarques s’imposent au sujet de ce référent : avant qu’on le sache, il y avait des cellules, mais il n’y pas toujours eu des cellules (les premières cellules sont apparues il y a environ 450 millions d’années). Il est important de savoir si une notion, qu’elle soit concrète ou abstraite, a, ou n’a pas, ou a eu, un référent.

Le concept de référent permet de poser la question : ce qui est désigné par un énoncé existe-t-il sous une forme quelconque (concrète ou abstraite) qui soit attestée empiriquement et démontrable rationnellement ? Les fantômes, les anges, Dieu, le Père Noël, Barbe Bleue, la métempsychose, l’Un, n’ont pas de référent. Pourtant, de nombreuses personnes y croient.

Le concept de référent permet de distinguer les fictions et les propos réalistes en obligeant à se prononcer (empiriquement et rationnellement) sur l’existence de ce qui est désigné. Il permet une définition de la croyance comme fiction à laquelle on attribue (faussement) un référent. Un énoncé réaliste au sens ordinaire du terme, a un référent, il a trait à quelque chose qui existe réellement.

 


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Philosophie (définition)

 

Plutôt que de répondre à la question classique, aussi vaste qu'ambiguë, "qu’est-ce que la philosophie ?", on peut se demander ce que pourrait devenir la philosophie si l’une des tendances qui l’habite depuis ses débuts, la recherche de l’adéquation entre la pensée et le monde, prenait le dessus. Ce devenir possible ferait de la philosophie une forme de connaissance.

Ce qui distingue une réflexion philosophique d'une approche littéraire ou journalistique, c’est la méthodologie qui, à partir d'une ou plusieurs questions, élabore et pose un problème précis. Si le problème est pertinent, il guidera la réflexion et évitera l'enlisement dans des questionnements obscurs et sans solution.

Mais ce n'est pas suffisant. Le philosophe doit aussi s'interroger sur sa façon de penser : philosopher demande de s'appuyer sur des données empiriques fiables et de tenir des raisonnements rationnels et partageables. Il doit aussi énoncer ses postulats de départ qui ont une part d'arbitraire, en particulier en ce qui concerne les présupposés ontologiques souvent masqués, mais déterminants.

La complexité des problèmes philosophiques provoque des réponses différentes et parfois contradictoires. Des considérations justes et pertinentes peuvent s'opposer entre elles. Philosopher, c'est chercher un équilibre entre des considérations multiples (plus ou moins conciliables), afin de trouver une cohérence adaptée à la complexité de la réalité. Cet exercice intellectuel incertain aura un intérêt s'il explicite le monde de manière utile pour la connaissance et l'action.

Le territoire de la philosophie s'étend partout où le besoin d'une pensée distanciée se fait sentir, une pensée de seconde intention, une pensée critique sur la connaissance et l'action. Le rôle du philosophe est aussi de donner du sens, de produire un récit, qui portera et guidera la vie humaine. Il le fera utilement en fournissant un contrepoint cohérent aux mythes, aux idéologies et religions qui nous assaillent, tout en promouvant une sagesse comme antidote aux passions humaines destructrices sans cesse à l'œuvre.

Philosopher, c'est aussi se taire lorsque les questionnements sont trop flous, trop vastes, que l'on n’a aucune donnée empirique sérieuse, ou que le problème posé est absurde. L'abstention et le silence sont à ce titre éminemment philosophiques.

 


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Identité (définition)

 

 

D’un point de vue formel, l’identité renvoie à une similitude absolue (notée, par exemple, A=A), mais, dans la réalité, l’identité renvoie à une similitude relative (telle chose A est, sous certains points de vue, identique à la chose B) ou à une permanence relative (la chose A reste identique à elle-même un certain temps).

L’identité ne peut être séparée du changement, car peu de choses sont immuables. Autrement dit, le concept d'identité cherche à cerner l’unité, la singularité et la permanence d’une entité réelle, bien que des changements l’affectent. Cela pose immédiatement une série de problèmes, à savoir, comment l’identité se constitue, se maintient, évolue.

La biologie applique le concept d'identité à des êtres vivants de taille et de complexité variables (cellule, organe, individu, espèce). Elle cherche à cerner ce qui fait qu'une entité vivante reste la même au cours du temps, alors que ses constituants se renouvellent sans cesse. Il s'agit de trouver des marqueurs de permanence pour les suivre au cours du temps et éventuellement noter leur transmission.

Identifier un élément vivant particulier implique de le distinguer des autres. L'identité impose une différenciation qui permette de repérer des entités se distinguant les unes des autres. En poursuivant la recherche vers des distinctions de plus en plus fines, on aboutit à une différenciation qui distingue complètement une entité d'une autre, lui donne une individualité.

Identité et différence cernées par des traits empiriquement identifiables renvoie à l'idée de caractère ou de caractéristiques qui permettent de définir une spécificité de genre, ou d'espèce. Ainsi, les cellules nerveuses se distinguent par des traits caractéristiques des cellules musculaires, mais elles ont en commun d’être des cellules. La notion d'identité en biologie tient compte à la fois qu'une entité vivante est singulière et qu'elle partage des caractéristiques communes avec d'autres.

En ce qui concerne l'identité humaine, l'affaire se complexifie. L'unité et la permanence ne concerne pas seulement la biologie humaine, mais aussi les aspects cognitifs, psychiques et socioculturels des individus.

Sur le plan psychique, l’identité peut être expliquée par la fonction de synthèse qui rassemble et unifie activement les identifications successives, les variations évolutives et les tendances contradictoires. La société donne à chacun une place, un nom, un rôle, elle assigne des règles de conduite, qui, assimilés individuellement via le psychisme et contrôlés collectivement, contribuent à l’identité humaine.

L’ensemble peut être mis en défaut, ce qui produit des vécus de flottement, de dédoublement, de perte d’identité ou des réactions défensives d’affirmation identitaire. L’identité est aussi un outils politique visant à identifier et repérer chaque personne pour la contraindre et lui imputer une responsabilité. L’identité renvoie aux concepts de personnalité et de caractère.

 


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Caractère (définition)

 

Caractériser, c’est trouver des traits distinctifs. Nous nous intéresserons ici uniquement à la notion de caractère lorsqu’elle concerne l’homme. Dans ce cas, elle signifie l’ensemble des traits qui spécifient un individu ou un groupe d’individu. L’approche caractérologique cherche à distinguer divers types humains en saisissant, de manière empirique, certains aspects jugé « caractéristiques ».

L’effort de caractérisation concerne le domaine biologique, ou psychologique, ou cognitif, ou socio-culturel, pris séparément ou selon des tentatives de synthèse. L’approche peut être objectivante par des expériences ou des tests standardisés aboutissant à des mesures, ou subjective-phénoménologique, ou faite par la méthode clinique, selon le domaine considéré.

La formation des types caractériels se fonde sur les régularités d’association de traits réputés stables. Elle se fait de deux manières : soit sous forme de tableaux types jugés parfaitement caractéristiques, soit en se fondant sur des régularités statistiquement significatives.

Bien qu’ayant une validité empirique et un intérêt pratique, toute typologie a des limites. Les résultats sont relatifs aux traits considérés (et à ceux exclus), à la façon empirique de les évaluer et à la manière de les regrouper. Les résultats dépendent donc des présupposés anthropologiques et épistémologiques qui ont servi à élaborer la méthode de caractérisation.

Quel que soit le domaine considéré (biologique, psychologique et cognitif, ou social) un certain nombre d’individus échappent aux classements dans lesquels on voudrait les faire entrer. Sans l’invalider, ceci peut être considéré comme une limite de la méthode typologique ou caractérologique.

En ce qui concerne la personnalité humaine, les caractérologies ont tendance à privilégier un domaine particulier, mais avec la volonté de donner la partie (le caractère décrit dans ce domaine) pour le tout de la personnalité. C'est une attitude réductrice et à ce titre critiquable, car le concept de personnalité humaine ne se réduit pas au caractère de l’individu et encore moins dans un domaine particulier (aussi important soit-il). La concept de personnalité ne doit ni être parcellisé, ni détaché du contexte, ni rendu étranger à l’éthique, sauf à perdre sa pertinence. Contrairement au caractère, la personnalité humaine n’est pas un donné empirique, c’est une construction théorique complexe, et sa traduction factuelle, très vaste et diversifiée, dépasse les typologies empiriques quelles qu’elles soient.

Du point de vue psychopathologique, on estime que le psychisme constitue une partie importante de la personnalité et que le caractère de la personne est l’une de ses expressions (à côté des comportements simples, des conduites finalisées et des symptômes). Par exemple, on décrit divers types de caractères, tels que le caractère anxiophobique, ou le caractère paranoïaque, considérés comme des manifestations cliniques des structures psychiques du même nom.

 


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