Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique définit les termes selon une cohérence d'ensemble et propose des choix parmi les diverses acceptions possibles.


Nature (définition)

 

Il y a un intérêt à distinguer entre l'usage métaphysique et l’usage pratique du terme de nature.

Les métaphysiques de la nature considèrent une entité naturelle globale, ayant une sorte d'existence ontologique propre. Le problème théorique posé vient de la relation entre le Monde (comme totalité) et la Nature, qui conduit à des bizarreries. S'ils sont distincts, il y a dans le Monde un reste non naturel et mystérieux et, s'ils sont identiques, l'utilité d'appeler le Monde "Nature" est un parti pris discutable, car alors tout est nature et c'est le monde.

La naturalisation généralisée du Monde, par le naturalisme, tend à gommer ou minimiser des différences fondamentales : entre la socio-techno-culture humaine et l'environnement vivant (non modifié et en équilibre), et entre le vivant et l'inerte (géologique, astronomique). Ces distinctions ont une portée pratique.

- Sur le plan empirique, distinguer ce qui est régit par un déterminisme écologique et ce qui est du ressort des lois et règles socioculturelles a un intérêt. Il est utile du point de vue pratique de désigner, pour le caractériser, l’environnement vivant, non modifié par l’homme, dans lequel les écosystèmes évoluent spontanément. Cette distinction admise par l'écologie scientifique considère les activités humaines comme exogènes, ce qui permet de caractériser leurs effets.

- Si le vivant et l'inerte sont identiquement naturels, cette appellation gomme une distinction essentielle. La biosphère (l'ensemble de la vie sur terre) se distingue de la sphère géologique et géophysique, car elles n'ont pas les mêmes dynamiques. La Terre peut exister comme astre mort, qui sera tout aussi naturel qu'un astre habité. D'un point de vue pratique, ce n'est pas la même chose.

Il est utile de distinguer ce qui se passe en dehors des actions humaines (les écosystèmes vivant en équilibre), les activités humaines (culturelles, sociales, techniques, industrielles) et l'interaction entre les deux (l'action massive de ces dernières est noté par le terme récent d’anthropocène). Cette interaction est préoccupante au titre que la Terre, du point de vue du vivant, forme un système fini partiellement autonome, nommé la biosphère, qui est fragile et peut être modifié de manière irréversible et imprévisible. Par contre, la Terre en tant qu'astre géophysique ne sera pas affectée. Tout ne peut être englobé sous le même terme de Nature.

 


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Théorie du faisceau (définition)


Un faisceau rassemble des éléments séparés de même type. Il y deux manières de considérer un faisceau, soit comme un tout ayant des propriétés spécifiques, soit comme un ensemble d'éléments rassemblés en une collection qui n'a pas d'existence propre.

En philosophie, on parle de théorie du faisceau pour désigner la conception ontologique de type empiriste, due à David Hume, pour laquelle ce qui existe est constitué uniquement de collections de propriétés. Cette doctrine est en opposition avec l'ontologie substantialiste. Contrairement à celle-ci, la théorie du faisceau postule qu’il n’existe pas de substance ou substratum dans laquelle résideraient les propriétés saisissables empiriquement.

Selon cette théorie, un objet se compose de ses propriétés et réciproquement, il ne peut exister d'objet sans propriétés. Les substances n’existent pas, ce sont des fictions qui tiennent au langage. En effet, celui-ci impose d'utiliser un nom ou un sujet grammatical qui peut recevoir des prédicats, chacun d’eux désignant une propriété. Les noms sont substantifiés sans motif, car ce qui existe ce sont seulement les propriétés.

Il faut noter qu'il s'agit d'une théorie empirique portant sur le concret particulier, identifiable comme individu composé (chose ou personne), et non une théorie des formes d'existence du monde (générale, transverse, concernant le réel), sauf négativement pour récuser le substantialisme.

L'application psychologique de la « théorie du faisceau » développée par David Hume dans son Traité de la Nature humaine (1738) le mène à considérer le « moi » comme une fiction, une entité métaphysique inexistante et à douter de l'identité personnelle.

La théorie du faisceau met en question, à juste titre, le concept de substance. C'est à un moment de l'histoire des idées où il n'existe pas d'autre alternative, hormis le nominalisme, mais de nos jours, la supposition du réel n'implique pas de le substantifier.

 


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Système (définition)

 

Les systèmes sont des constructions théoriques, des modèles que l’homme se fait de la réalité. Appliqués à un champ de la réalité, ils constituent ainsi un objet de la connaissance qui est alors qualifiée de systémique (comme la biologie systémique). Ils ont pour particularité de considérer l'ensemble des interactions existantes et non des chaînes causales isolées. Cette manière de penser s'oppose à la méthodologie analytique et réductionniste habituellement appliquée dans les sciences.

Une théorisation systémique tient compte de l'ensemble des interactions entre les facteurs intervenant dans un objet d'étude. Elle les hiérarchise et les articule entre eux en tenant compte de la finalité de l'ensemble. Si possible, elle en propose un modèle formalisé sous forme d'un système d'équations.

Ludvig von Bertalanffy a soutenu l'idée que l'on pourrait trouver des lois communes à tous les systèmes, indépendamment du domaine scientifique concerné. Dans la période 1950-1980, la « systémologie générale » devint un projet collectif avec une société savante internationale qui lui est attachée.

La question ontologique posée par les systèmes (parfois nommés structures) est celle de savoir s'il y correspond une organisation présente objectivement dans le monde. Dans cette perspective, on peut, soit considérer que le réel possède une puissance organisatrice, soit que la réalité se structure dans des ensembles interactifs formant des totalités indissociables.

Si le monde présente une organisation (en général ou en particulier dans certains champs de la réalité), alors la façon la plus intéressante et prometteuse de l'étudier, c'est d'utiliser des modèles systémiques.

 


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Bien (définition)

 

Dans le langage courant, le bien désigne ce qui est jugé favorable, correct, que l’on approuve et qui apporte une satisfaction.

La métaphysique a fait du bien une entité abstraite générale. Au IIIe siècle en Perse, les manichéens opposaient le bien et le mal. Dans la religion chrétienne, le bien a été situé comme ce qui continue l’œuvre de Dieu, jugée nécessairement bonne.

Une philosophie réaliste et rationnelle rapporte le bien à l’homme et à ses actes. Mais cela ne suffit pas, la définition du bien demande une réflexion éthique qui hiérarchise les principes et définisse le ou les principes supérieurs dont les autres découlent. Selon l'éthique adoptée (épicurienne, stoïcienne, etc.), la définition du bien variera. La plupart se rejoignent pour affirmer que la vertu - condition d'une vie bonne - est le souverain bien.

Dans le cadre d’une éthique humaniste, faire le bien, c’est agir individuellement et collectivement de façon à créer les conditions de vie, de santé, de dignité, de liberté, pour chaque homme. Faire le mal, c’est l’inverse, c’est détruire intentionnellement l’humanité en l’homme (voir Mal).

Le bien n'est pas spontané, il demande des actes, sous-tendus par une intentionnalité individuelle et des institutions politiques qui le réalisent concrètement. Bien agir ainsi suppose une intentionnalité visant à respecter et, si besoin, à défendre les valeurs humaines (voir Humanité).

 


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Mal (définition)

 

Dans le langage courant, on qualifie de mal ce que l’on réprouve, ce qui fait souffrir, et qui semble découler d’une intentionnalité.

Le mal a de tous temps été interprété par la religion et pensé de façon métaphysique. Au IIIe siècle en Perse, les manichéens opposaient le bien et le mal. Dans la religion chrétienne, le mal a été personnifié par le diable (le Malin) et déclaré lié à l’imperfection de la créature humaine et au péché. On peut contester qu’il y ait un mal général, un mal ontologique, ayant une existence propre. C’est un présupposé métaphysique indémontrable. La métaphysique du mal cache une réalité, celle des actions néfastes des individus et des groupes sociaux envers les autres hommes.

Pour Baruk Spinoza, on doit plutôt considérer ce qui est mauvais pour nous humains. Cette acception anthropocentrique est justifiée, car ce qui est mal concerne l’homme et il est désigné comme tel par l’homme. Le mal, dans une philosophie rationnelle et non métaphysique, se définit, dans le cadre d'une éthique humaniste, par l'irrespect des valeurs humaines (voir Humanité).

Le mal désigne les conduites qui causent la mort, la souffrance, la misère, l’indignité, telles que le meurtre, la torture, les agressions diverses, l'exploitation, l'asservissement, le vol, le viol, l'humiliation, le harcèlement, etc. Faire le mal, c’est se conduire d’une façon qui dégrade la vie humaine. Le mal est intentionnel et imputable à une personne, ou à un groupe social, ou à un État, qui n’ignorent pas les conséquences de leurs actes.

Un désastre non intentionnel, dû à l’environnement naturel, peut difficilement être qualifié de mal, même s’il cause des dommages aux hommes. Causer du tort et faire le mal sont des événements différents qui ne doivent pas être confondus. Le mal suppose une intentionnalité destructrice, mortifère.

Cette définition a un côté positif : puisque le mal n'est pas un entité abstraite, mais vient des conduites humaines et sociales nocives, il peut être combattu et endigué par des règles et des institutions sociales ou politiques adaptées.

 


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