Vocabulaire philosophique

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Ce Vocabulaire philosophique ne donne pas toutes les acceptions des termes, il les définit selon une cohérence d'ensemble.


Identité (définition)

 

 

D’un point de vue formel, l’identité renvoie à une similitude absolue (notée, par exemple, A=A), mais, dans la réalité, l’identité renvoie à une similitude relative (telle chose A est, sous certains points de vue, identique à la chose B) ou à une permanence relative (la chose A reste identique à elle-même un certain temps).

L’identité ne peut être séparée du changement, car peu de choses sont immuables. Autrement dit, le concept d'identité cherche à cerner l’unité, la singularité et la permanence d’une entité réelle, bien que des changements l’affectent. Cela pose immédiatement une série de problèmes, à savoir, comment l’identité se constitue, se maintient, évolue.

La biologie applique le concept d'identité à des êtres vivants de taille et de complexité variables (cellule, organe, individu, espèce). Elle cherche à cerner ce qui fait qu'une entité vivante reste la même au cours du temps, alors que ses constituants se renouvellent sans cesse. Il s'agit de trouver des marqueurs de permanence pour les suivre au cours du temps et éventuellement noter leur transmission.

Identifier un élément vivant particulier implique de le distinguer des autres. L'identité impose une différenciation qui permette de repérer des entités se distinguant les unes des autres. En poursuivant la recherche vers des distinctions de plus en plus fines, on aboutit à une différenciation qui distingue complètement une entité d'une autre, lui donne une individualité.

Identité et différence cernées par des traits empiriquement identifiables renvoie à l'idée de caractère ou de caractéristiques qui permettent de définir une spécificité de genre, ou d'espèce. Ainsi, les cellules nerveuses se distinguent par des traits caractéristiques des cellules musculaires, mais elles ont en commun d’être des cellules. La notion d'identité en biologie tient compte à la fois qu'une entité vivante est singulière et qu'elle partage des caractéristiques communes avec d'autres.

En ce qui concerne l'identité humaine, l'affaire se complexifie. L'unité et la permanence ne concerne pas seulement la biologie humaine, mais aussi les aspects cognitifs, psychiques et socioculturels des individus.

Sur le plan psychique, l’identité peut être expliquée par la fonction de synthèse qui rassemble et unifie activement les identifications successives, les variations évolutives et les tendances contradictoires. La société donne à chacun une place, un nom, un rôle, elle assigne des règles de conduite, qui, assimilés individuellement via le psychisme et contrôlés collectivement, contribuent à l’identité humaine.

L’ensemble peut être mis en défaut, ce qui produit des vécus de flottement, de dédoublement, de perte d’identité ou des réactions défensives d’affirmation identitaire. L’identité est aussi un outils politique visant à identifier et repérer chaque personne pour la contraindre et lui imputer une responsabilité. L’identité renvoie aux concepts de personnalité et de caractère.

 


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Caractère (définition)

 

Caractériser, c’est trouver des traits distinctifs. Nous nous intéresserons ici uniquement à la notion de caractère lorsqu’elle concerne l’homme. Dans ce cas, elle signifie l’ensemble des traits qui spécifient un individu ou un groupe d’individu. L’approche caractérologique cherche à distinguer divers types humains en saisissant, de manière empirique, certains aspects jugé « caractéristiques ».

L’effort de caractérisation concerne le domaine biologique, ou psychologique, ou cognitif, ou socio-culturel, pris séparément ou selon des tentatives de synthèse. L’approche peut être objectivante par des expériences ou des tests standardisés aboutissant à des mesures, ou subjective-phénoménologique, ou faite par la méthode clinique, selon le domaine considéré.

La formation des types caractériels se fonde sur les régularités d’association de traits réputés stables. Elle se fait de deux manières : soit sous forme de tableaux types jugés parfaitement caractéristiques, soit en se fondant sur des régularités statistiquement significatives.

Bien qu’ayant une validité empirique et un intérêt pratique, toute typologie a des limites. Les résultats sont relatifs aux traits considérés (et à ceux exclus), à la façon empirique de les évaluer et à la manière de les regrouper. Les résultats dépendent donc des présupposés anthropologiques et épistémologiques qui ont servi à élaborer la méthode de caractérisation.

Quel que soit le domaine considéré (biologique, psychologique et cognitif, ou social) un certain nombre d’individus échappent aux classements dans lesquels on voudrait les faire entrer. Sans l’invalider, ceci peut être considéré comme une limite de la méthode typologique ou caractérologique.

En ce qui concerne la personnalité humaine, les caractérologies ont tendance à privilégier un domaine particulier, mais avec la volonté de donner la partie (le caractère décrit dans ce domaine) pour le tout de la personnalité. C'est une attitude réductrice et à ce titre critiquable, car le concept de personnalité humaine ne se réduit pas au caractère de l’individu et encore moins dans un domaine particulier (aussi important soit-il). La concept de personnalité ne doit ni être parcellisé, ni détaché du contexte, ni rendu étranger à l’éthique, sauf à perdre sa pertinence. Contrairement au caractère, la personnalité humaine n’est pas un donné empirique, c’est une construction théorique complexe, et sa traduction factuelle, très vaste et diversifiée, dépasse les typologies empiriques quelles qu’elles soient.

Du point de vue psychopathologique, on estime que le psychisme constitue une partie importante de la personnalité et que le caractère de la personne est l’une de ses expressions (à côté des comportements simples, des conduites finalisées et des symptômes). Par exemple, on décrit divers types de caractères, tels que le caractère anxiophobique, ou le caractère paranoïaque, considérés comme des manifestations cliniques des structures psychiques du même nom.

 


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Folie  Maladie mentale (définitions)

 

Le mot « folie » fait partie du vocabulaire littéraire et philosophique (philosophie morale) qui qualifie les conduites déraisonnables, absurdes, outrancières, inefficaces, qui nuisent à soi-même et à autrui, ou disconviennent à l’ordre social. La folie est généralement associée à une peur, mais aussi curieusement parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée de l’homme.

Comme représentation socioculturelle, la notion de folie est de nature idéologique, elle s’intègre au corpus plus ou moins normatif d’une époque désignant l’anormal, l’inconvenant, ce qui génère un désordre ou au contraire révélerait génialement une dimension cachée.

Reprise dans le domaine médical au XVIIIe siècle, la notion a été progressivement démantelée en diverses folies partielles, puis abandonnée pour des maladies plus précises : manie, mélancolie, névroses, psychoses, etc. De nos jours, en psychiatrie, on parle de "maladie mentale". Ce terme est tout aussi critiquable, car il fait référence au « mens », à l’esprit, qui serait atteint d’une maladie. Or, l’existence de maladies de l’esprit est pour le moins discutable. Comment l'esprit, au sens d'une substance spirituelle, pourrait-il être malade ? Et si ce n'est pas une telle substance, qu'est-ce qui est malade : la pensée, le vécu, l'entendement ?

En ce qui concerne le domaine de la psychopathologie, les deux termes de maladie mentale et de folie sont inappropriés et il paraît préférable d’utiliser une périphrase comme « dysfonctionnements psychiques entraînant une souffrance et une invalidation », d'usage moins simple, mais aussi moins litigieux.

De tels dysfonctionnements ont pour conséquence un vécu émotionnel pénible, des relations aux autres difficiles, un défaut de socialisation, une invalidation, des symptômes et des traits de caractère pathologiques. L'origine de la pathologie psychique est variable. Elle peut être événementielle et relationnelle, biologique et génétique, ou encore d'origine sociale ; tous ces facteurs pouvant d'ailleurs se combiner et se cumuler.

Pour une vue d’ensemble du domaine de la psychopathologie, voir l’article : Comment se repérer en psychopathologie ?

 


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Alètheia (définition)

 

Dans la Grèce ancienne, le mot alètheia (ἀλήθεια) désignait le sens dispensé par les personnes investies d’une autorité sacrée, telles que les aèdes, devins, prêtres ou rois, et plus généralement les « Maîtres de vérité », selon l’expression de Marcel Détienne. On croyait à la parole sans preuve, parole qui se suffisait à elle-même, car émanant d’une autorité sacralisée.

Le contraire de l’alètheia n’est pas le faux, le mensonge, mais le caché, l’oubli, ce qui est dans l'ombre (par opposition à la lumière). La déesse Léthé étant la déesse de l’oubli, pour la contrer, il fallait énoncer et mettre en lumière ce qui devait être su de tous.

Pour Platon, « la divination permet de toucher en quelque manière la vérité ». C’est le dévoilement de ce qui est caché à l’appréciation ordinaire. L’alètheia procède de l'intuition immédiate ou de l'art divinatoire, procédés qui permettraient de connaître les intentions cachées des dieux, la destinée, ou plus prosaïquement la volonté des puissants.

Le terme alètheia a souvent été traduit dans les textes religieux des monothéismes par vérité. Elle devient ce qui est énoncé-révélé par le prophète. Il a été repris par Martin Heidegger, prétendant retrouver le sens originaire de l'idée de Vérité pour justifier sa métaphysique du dévoilement de l’être.

L'assimilation de l'alètheia à la vérité a produit une ambiguïté, source de confusion. Cette assimilation a été rendue possible par l’aspect psychologique de la croyance, qui correspond à une adhésion affective. On adhère et valorise ce qui est considéré comme exact et non discutable (et inversement). C'est le statut primitif et affectif de la vérité parfaitement congruent avec l'alètheia. Croyance et vérité se confondent dans la pensée pré-moderne.

Les conditions pour acquérir un statut d'affirmation crédible ont changé à la période hellénistique classique, puis avec la modernité. Alors que la parole magico-religieuse se situait dans un monde de forces et de puissances, on est passé à une réalité dépourvue de forces obscures ou cachées ; alors que la parole d'autorité valait dans les sociétés hiérarchisées autoritaires, elle a perdu sa crédibilité dans les sociétés démocratiques.

Les critères du crédible par révélation, divination, argument d'autorité, critères attachés à l'alètheia, ont été démis de leur validité avec le laïcisation de la société et la sécularisation du monde. La vérité est devenue ce qui se montre ou se démontre.

L’exigence d’une vérité démonstrative est une avancée civilisationnelle qui correspond à une progression du rationnel, mais la civilisation est un processus fluctuant qui parfois régresse, remettant l'alètheia en position de force.

 


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Constructivisme

 

Le terme constuctivisme s'emploie dans trois sens différents, ce qui peut prêter à confusion. L’un concerne la philosophie de la connaissance, le second l’épistémologie, et le troisième certaines disciplines comme l’anthropologie et surtout la sociologie. Il en existe d’autres que nous laisserons de côté.

Emmanuel Kant le premier a signalé dans la Critique de la raison pure que nous connaissons la réalité par l’expérience qui est « un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître produit de lui-même ». C’est l’amorce d’un constructivisme empirique pour lequel la réalité naît de l’interaction entre le monde et l’activité de connaissance.

Le constructivisme s’est véritable développé avec la psychologie de la connaissance, dont Jean Piaget a été le pionnier. Cet auteur a montré que la connaissance ordinaire se construit progressivement chez l’enfant dans son interaction avec le réel et avec la participation du symbolique, par un jeu d’assimilation et accommodation. Il a aussi montré aussi, que ce qui est considéré comme la réalité, avec ses caractéristiques, se construit (elle n’est pas toujours-déjà présente comme le voudrait le réalisme naïf).

C'est à Gaston Bachelard que l’on doit le développement d'une épistémologie constructiviste. Les scientifiques construisent des questions et des problèmes, inventent des concepts, des raisonnement, et des expériences. Gaston Bachelard considère que la science construit ses objets qui ne sont pas des choses présentes d’évidence. Elle les construit dans un projet qui les remanie au fil des avancées théoriques et de l’évolution des méthodes, nous ajouterons, pour en faire des interfaces efficaces de connaissance du réel. Dans les sciences : " Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit ", écrit-il dans La Formation de l'esprit scientifique en 1938.

Le constructivisme sociologique est apparu dans les années 1960, en opposition à l’essentialisme. Selon l’essentialisme sociologique des individus, des groupes de sociaux, peuvent être définis par certaines caractéristiques essentielles, visibles et objectives, qui seraient indépendantes des circonstances. Le constructivisme sociologique considère que ce sont les dynamiques sociales ou les acteurs sociaux au travers de leurs discours et de leurs actions, qui produisent les fait sociaux, ce qui introduit une historicité et une relativisation de ceux-ci aux circonstances.

 


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Être (définition)

Dans l'usage courant, "être" veut dire que la chose empirique dont on parle existe, qu'elle n'est pas une fiction sans consistance. L'emploi verbal rejoint l'usage logique. Dans l'usage logique, le verbe « être » constitue la copule qui indique les qualités, caractères, etc. du sujet en le liant à ses attributs. « A est b » est une proposition qui attribue la qualité b au sujet logique A.

Dans un usage métaphysique, le nom « être » signifie que l’on suppose un fondement derrière les « étants » concrets (les choses, les personnes) ou les fictions théoriques (L’Un, Dieu, etc.). Le terme être désigne une existence indéterminée, indifférenciée et inconditionnée. Dans ce cas, l’emploi du terme est connoté implicitement par l'idée d'une transcendance et il est noté avec une majuscule : Être. La métaphysique prétend en avoir connaissance par intuition directe ou par le raisonnement, ce qui la conduit à questionner ou porter des jugements sur l’être de diverses manières. Elle se veut la connaissance du fondement inconditionné du monde.

Le jugement métaphysique le plus courant consiste à déclarer l’être substantiel. Une des manière de faire de la métaphysique consiste à se demander quel est le mode d’être de tel étant qui, en tant que phénomène, serait une apparence. Dès lors, il s’agirait de dévoiler l’être caché derrière l’apparence, le « dévoiler ». Par exemple, selon Martin Heidegger, le mode d’être du Da-sein (l’homme) se trouverait en répondant à la question « qui est ? » et celui des choses en répondant à la question « quoi ? ».

Il semble naïf de supposer que, partant de l’expérience ordinaire et subjective, on puisse, par un raisonnement, accéder au fondement du monde. Les réponses aux questions posées à la réalité empirique ne peuvent s’appliquer à une entité générale, abstraite et indifférenciée comme l’être.

Dans une perspective ontologique prudente, on utilisera le concept d’existence à la place d’Être pour signifier que l’on porte un jugement affirmatif et positif sur le monde (il existe). Si l’on fait allusion à un fondement possible de la réalité empirique, le terme de réel est plus adapté. L’opposition de l’être à l’étant se résorbe alors dans la relation du réel à la réalité.

 


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Épistémè (définition)

 

Michel Foucault, durant une période que l'on peut approximativement situer entre 1965 et 1977, a développé et utilisé le concept d'épistémè. Le mot épistémè vient de la racine grecque επιστήμη qui signifie savoir ou connaissance.

L’intention de Michel Foucault est de « saisir les transformations d'un savoir à l'intérieur à la fois du domaine général des sciences et, également, à l'intérieur du domaine en quelque sorte vertical que constitue une société, une culture, une civilisation à un moment donné » (Entretien avec Noam Chomsky, 1971). Au premier abord, l'épistémè d'une époque renvoie à une façon de penser, de se représenter le monde qui s’impose à la communauté savante en général. L'inspiration structuraliste est présente dans l'élaboration du concept.

Michel Foucault reviendra sur cette façon de voir et déportant sa recherche de la pensée vers la pratique du discours (énoncés, énonciation, formations discursives) inspiré par la philosophie du langage anglophone. Il restreindra l’extension du concept en le restreignant aux seules sciences, renonçant ainsi à une approche culturelle globale.

Épistémè sous-entend que tout scientifique d’une période considérée, qu'il en soit conscient ou pas, raisonne à partir de concepts et d'une vision du monde qui définissent des problématiques obligées, des objets de la connaissance précis, des manières de théoriser contraignantes.

Une épistémè, c'est l'ensemble des catégories et raisonnements présents durant une période historique donnée et qui forment un système contraignant pour la pensée. L’ambition n’est pas simplement descriptive, elle est de mettre en évidence une contrainte structurelle dans la genèse du savoir qui permet de dépasser les « opérateurs synthétiques » évoqués traditionnellement : volonté, intentionnalité, génie de l’auteur ou encore sujet du discours ou sujet transcendantal.

Décrire une épistémè, c'est retrouver et résumer la cohérence de ces manières de penser et de pratiquer qui saturent l'espace intellectuel à un moment donné de l'histoire des sciences. L'épistémè ainsi conçue mettrait en évidence les conditions de genèse des connaissances scientifiques du moment.

 


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Représentation (définition)

 

L’étymologie latine repræsentare signifie rendre présent. Elle ne suffit pas à expliciter le terme, car représenter produit une présence particulière, qui tient lieu d'autre chose, qui se substitue à un original. En son sens premier, représenter c’est présenter en remplacement d’autre chose.

Sur le plan cognitif, la représentation permet de redoubler sous une forme symbolique divers types de données, en particulier en utilisant les divers langages dont l'homme dispose.

Ceci demande une capacité cognitive particulière et spécifique dite représentationnelle, qui joue un rôle décisif pour la pensée humaine et pour la cognition en général. Elle permet de dédoubler, de différer, de réverbérer et de lier des données entre elles. C’est ce qui donne ce que Jean Piaget nomme la « fonction symbolique », qui est d’une singulière importance, car l’homme vit dans un univers représentatif. La capacité représentationelle de l'homme produit des faits symboliques, non concrets, mais qui existent dans la réalité empirique et qui ont une effectivité.

Cette capacité fonctionnelle joue sur divers plans de la cognition. Elle est particulièrement déterminante pour le langage. Les langages (verbal, imagé, musical, gestuel) ne pourraient être mis en œuvre sans cette fonction, car ils ont pour fondement de relier des formes signifiantes plus ou moins complexes à des signifiés divers (perceptions, notions, concepts) plus ou moins sophistiqués.

La capacité de représentation est générée par le niveau cognitif, que nous nommons chez l'homme, au vu de l'importance majeure de la représentation, « niveau cognitivo-représentationnel ».

 


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Cognitif - Cognition (définitions)

 

Cognitif et cognition ont trait à la capacité à connaître. Ces termes neutres, sans présupposés substantialistes, sont d’un emploi facile, car ils présentent peu d’ambiguïté.

On peut rassembler sous le terme de cognition les capacités humaines d’intelligence, d’idéation, de langage, de calcul, d’invention, de jugement, de réflexion, etc. Une place particulière doit être faite à la représentation, c'est-à-dire à la capacité de présenter tout chose, en pensée ou en acte, indépendamment de la situation concrète.

Plus spécifiquement, la cognition a trait aux nombreux et divers processus de traitement de données, qui concernent les données les plus simples comme les perceptions ou les plus complexes comme les concepts. Les processus en jeu sont très divers, basiques ou élaborés, rationnels ou irrationnels.

Cette définition de la cognition évite les présupposés matérialistes ou spiritualistes concernant l’activité humaine de connaissance. Elle suppose que cette activité est le fait de processus de même nature qualifiés de « cognitifs » qui ont des caractères communs et sont interactifs les uns avec les autres.

La cognition, selon la thèse du réductionnisme biologisant est générée par le niveau neurobiologique et, selon l'hypothèse spiritualiste-idéaliste, elle est attribuée à l'esprit. Il existe une autre possibilité consistant à supposer aux processus cognitifs une forme d'existence propre correspondant à l'émergence d'un niveau ontologique spécifique, le niveau cognitivo-représentationnel. Cette dernière thèse est plus heuristique que la thèse réductionniste, car elle permet d’envisager une autonomie de la cognition humaine, ce qui expliquerait la possiblité d'une rationalité et d'une validité des raisonnements.

 


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Archéologie philosophique - Archéologie du savoir (définitions)

 

Le terme d’archéologie philosophique a été utilisé pour la première fois par Emmanuel Kant dans sa dissertation sur « les progrès réels de la métaphysique en Allemagne depuis Leibniz et Wolf » (1793, publié en 1804). Comme il n’y a pas de définition communément admise, nous nous référerons aux auteurs qui emploient le terme d'archéologie.

Michel Foucault utilise le terme « archéologie du savoir » pour différencier ses travaux de ce qu'il est convenu de nommer l’histoire des idées. Après avoir avancé le terme « d’épistémè » dans Les Mots et les Choses (1966), celui « d’archéologie » apparaît trois ans plus tard lorsqu’il explicite sa démarche.

Dans l’ouvrage éponyme, L’Archéologie du savoir, il différencie énoncé, formation discursive et archive. Les énoncés organisés en formations discursives présentent une homogénéité. Il y aurait un « système général de la formation et de la transformation des énoncés » (L'Archéologie du savoir, p. 171). Le rôle de l’archéologie est de mettre à jour ce système de transformation qui serait « la condition de possibilité des énoncés » (à côté d’autres conditions, logiques, psychologiques, grammaticales, qui ne sont pas prises en compte).

Dans une interview du 09/05/1969, Michel Foucault insiste pour définir les formes, le fonctionnement et la pratique du discours comme l’objet propre de l’archéologie. Ils seraient différents des pensées et différents des pratiques sociales, économiques, politiques. Il s'agirait de rendre compte de « ce que les hommes font lorsqu’ils parlent ».

Mais, en même temps, Foucault définit l’archéologie comme « une histoire de ce qui rend nécessaire une certaine forme de pensée », ce qui n’est pas la même chose, car la pensée implique toujours la mise en œuvre de processus cognitifs associant des concepts et des formes de rationalité (ce qui s’oppose à une possible formation autonome des énoncés).

C’est en ce sens qu'Alain de Libera reprendra le terme à Michel Foucault (Leçon inaugurale au Collège de France). Pour lui, il s’agit plus spécifiquement d’une archéologie philosophique (et non du savoir en général) visant à restituer une dynamique : les processus conduisant d’un événement de pensée à un autre.

De Libera reprend à Robin George Collingwood le « constructive re-enactement » consistant à re-penser comme les auteurs étudiés en s’immergeant dans leur contexte. Il s'agit de reproduire les événements de pensée qui ont eu lieu. Pour cela, il faut reconstituer les Complexes de Questions-Réponses présents à l’époque et qui caractérisent la dynamique philosophique en cours. « L’archéologie montre comment les complexes questions-réponses s’enchaînent de manière ordonnée » (Séminaire, Collège de France, 26 juin 2014).

Il reste à savoir si l’historicisation de la pensée que représente l’orientation "archéologique" doit être distinguée et séparée de l’histoire des idées.

 


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