Vocabulaire philosophique

Babelopt

 

Ce Vocabulaire philosophique définit les termes selon une cohérence d'ensemble et propose des choix parmi les diverses acceptions possibles.


Sens (définition)

 

Pour ce qui est du "sens des mots", il paraît préférable d’utiliser le concept de signification, car le terme de sens a une acception bien plus large qui dépasse cet usage sémiotique. La signification d’un énoncé bien formulé est relativement univoque alors que le sens est vaste, pluriel, et concerne des domaines étrangers au langage.

Par exemple, le sens donné à la vie humaine suppose un déroulement, une histoire ou un projet. Il demande une réflexion qui peut être longue. On n’est plus dans l’ordre langagier, mais dans celui de la culture, du symbolique, voire de la métaphysique. Trouver le sens d’une attitude, d’un propos, demande toujours une interprétation qui peut être tout à fait fausse, ce qui ouvre la porte aux malentendus. Le sens d’une œuvre d’art renvoie à une pluralité interprétative et à un contexte à la fois personnel, culturel et historique.

Les sens, d'un point de vue pratique, désigne une direction, ce qui transposé dans le domaine des attitudes humaines correspond aux intentions qui déterminent un but ou la finalité de l'action.

Le sens s’oppose au non-sens, au vide, à l’absurde qui sont des facteurs de désillusion, de tristesse, de dépression. Le sens n'est pas neutre du point de vue affectif. Toute société propose des mythes, des légendes, des grands récits, des idéologies qui véhiculent du sens et qui sont fortement investis du point de vue émotionnel. La plupart des personnes poursuivent divers buts qui ont un sens pour elles.

Le sens utile à guider la vie humaine est à inventer. Il n’y pas de télescope qui permettrait de trouver du sens en le pointant vers le ciel des Idéalités ou vers le point oméga d'un supposé horizon téléologique. La philosophie, à côté de son rôle de connaissance, a aussi pour rôle de proposer des récits qui donnent un sens à la vie humaine. Ils se doivent d’être rationnels et ancrés sur des savoirs solides, ce qui les rend différents des idéologies et des religions. La philosophie est aussi pourvoyeuse de sens.

 


© 2019  PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIÉTÉ
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.

 


Signification (définition)

 

La signification est en rapport avec les signes, elle a trait aux effets produits par les langages humains qui peuvent être verbaux, musicaux, imagés, gestuels.

La théorie linguistique du signe chez Ferdinand de Saussure distingue le signifiant (la forme concrète du mot), le référent (la chose désignée) et le signifié qui correspond à la signification. Mais, la signification ne se limite pas au signe pris isolément. Les mots s’agençant en énoncés, on parle aussi de la signification d’une proposition, d’une phrase ou d’un énoncé complexe. La discipline qui cherche à spécifier les significations de toutes les phrases d’une langue est appelée la sémantique, quant à la sémiotique, elle se donne comme la théorie générale des signes et de leur articulation avec les significations.

Le concept de signification a un double aspect, il désigne à la fois le processus qui lie un énoncé langagier à des contenus cognitifs et représentationnels et ces contenus eux-mêmes. Les capacités cognitives sollicitées sont nombreuses et variées : la signification d’un énoncé concerne aussi bien un concept, un raisonnement que des souvenirs personnels, des aspects culturels ou une chose concrète. Plusieurs de ces aspects peuvent être mis en jeu simultanément, ce qui donne une complexité à la signification. Penser produit une suite de significations qui se spécifient en idées.

Admettre une signification veut dire que l’on ne s’en tient pas aux aspects concrets du langage (les signifiants, les syntagmes, la syntaxe). On suppose que ces aspects mettent en jeu autre chose de l’ordre du cognitivo-représentationnel.

Admettre une signification autonome s’oppose à une pure pragmatique du langage qui le réduit à son usage. Notre définition de la signification est contradictoire avec la théorie énoncée par Ludwig Wittgenstein dans le Tractatus Logico-Philosophicus. Il suggère qu'une proposition significative décrit un état de fait et se réduit à cela. Ultérieurement, il introduira les « jeux de langage » comme médiation entre langage et réalité, mais il persiste à mettre de côté l'activité cognitive et représentationnelle associée à l'activité langagière.

Le mot « sens » est actuellement employé comme synonyme de signification, mais comme il renvoie aussi à des aspects plus larges, comme le sens d’une action, le sens donné à la vie humaine, l’absurdité par absence de sens, etc., il paraît préférable de le réserver à cet usage élargit.

 


© 2019 PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIÉTÉ
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.

 


Notion (définition)

 

Le terme français notion dérive du latin notio et désigne un savoir élémentaire, imprécis sur un sujet quelconque.

Une notion est un mot ou un énoncé apportant un savoir de base sur une chose, ou un événement, ou dans le cadre d'une discipline. Une notion est grossière, mais pas nécessairement fausse et elle peut être utile. Spontanément, la pensée utilise des notions qui ont pour but de représenter et comprendre rapidement et immédiatement la réalité afin de s’y orienter. Mais, cette utilisation rapide et immédiate ne s’accompagne pas d’un travail de distanciation et de réflexion sur la notion employée qui, dans certains cas, serait très utile, car la notion peut être insuffisante ou trompeuse.

Les idées issues de l’activité de penser peuvent prendre des formes très diverses. Pour s’orienter dans cet immense paysage, il est intéressant d’utiliser l'opposition entre le concept de la notion. Par concept, on entend une idée rigoureuse, abstraite et précise, par contre, le terme de notion désigne plutôt une idée concrète, floue et mal définie. Il est intéressant d'utiliser et de préciser cette opposition pour mieux définir le terme de notion.

La transformation d’une notion en concept demande une élaboration que l’on trouve dans la philosophie et les sciences. La transformation de notions ordinaires en concepts scientifiques a été étudiée par Gaston Bachelard qui parle d’obstacles à franchir. Pour penser scientifiquement, il faut rompre avec les notions ordinaires, trop immédiates, trop imaginaires, et dont l’extension par similitude est inconsidérée.

Une pensée élaborée, philosophique ou scientifique, demande la transformation des notions de base, acquises spontanément et de manière non critique, en concepts précis et pertinents.

 


© 2019 PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIÉTÉ
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.

 


Idée (définition)

 

Les Idées platoniciennes sont définies comme des entités absolues, éternelles, immuables, de nature substantielle. Les théologiens ont retenu du platonisme la fonction archétypale des idées et leur ont assigné pour lieu l’intellect divin. Descartes, tout en reconnaissant qu’elles sont des formes de l’entendement divin, déclare qu’il ne connaît pas de terme plus apte à désigner « ce qui est conçu immédiatement par l’esprit ». Dans la philosophie moderne, l’idée est chose de l’esprit ou de l’âme en tant qu’il (elle) invente, conçoit, et non en tant qu’il sent ou perçoit.

Nous laisserons de côté ces approches pour aller vers une définition qui situe les idées comme étant produites par l’activité de penser humaine. L’homme, en pensant, forme des idées qui sont des ensembles finis, individualisables, nommables, transmissibles. La notion est nécessairement floue, car son extension est vaste : il y a toutes sortes d’idées. Il serait vain de les classifier, mais, à titre d’exemple, on peut dire qu’elles sont plus ou moins abstraites, plus ou moins générales, plus ou moins fantaisistes, et qu’elles peuvent toucher tous les domaines du savoir.

Du point de vue philosophique, on peut distinguer les « notions », vagues et peu définies, et les « concepts », abstraits, précis, interagissant entre eux. Emmanuel Kant différencie l’idée du concept, ce dernier étant vérifiable par l’expérience, alors que l’idée naît lorsque la raison tente d’aller au-delà de ce qui est vérifiable.

Il paraît préférable de laisser au terme sa généralité. La vaste extension de la définition des idées est utile pour disposer d’un vocable facilement utilisable, d’une catégorie, qui désigne les différents contenus de pensée pour peu qu’ils soient identifiables et transmissibles et dépassent le stade de la perception.

Les idées ne sont pas concrètes, mais elles ont une forme d’existence ; elles participent du niveau cognitivo-représentationnel. En étant transmises et partagées, elles s’intègrent dans la sphère culturelle. Elles changent et évoluent au fil du temps et l’on peut ainsi faire une histoire des idées.


© 2019 PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIÉTÉ
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.

 


Accident (définition)

 

Dans la philosophie traditionnelle (antique, scolastique et au début de la philosophie moderne), le terme accident désigne les modifications non nécessaires qui affectent, plus ou moins provisoirement, un individu.

Pour Aristote, l’accident affecte les substances constitutives du monde. Chez les scolastiques, l’accident tend à se confondre avec la qualité. Pour Descartes, l’accident se définit négativement de ne pas faire partie de l’essence d’un être.

Dans cet usage philosophique, la notion d'accident joue sur une opposition entre un aspect princeps, qui subsiste, et quelque chose de secondaire qui change. Ce qui persiste est considéré comme substance ou essence, et les aspects changeants sont nommés les accidents. Ainsi définit, l’accident est un événement secondaire et particulier ; c’est ce qui dans la réalité est sujet à variations. Par exemple, la forme ou la couleur d'une chose change sous l'effet d'événements comme un choc ou un changement de lumière ; ce sont des accidents par rapport à la chose individualisable qui reste identique à elle-même.

Dans le langage courant, on parle d’accident lorsqu’un événement fortuit nous concerne et provoque un effet remarquable. Un accident peut être heureux ou malheureux, mais la plupart du temps on désigne comme tel un dommage, une lésion. Il reste de l’usage philosophique ancien l’idée de quelque chose de secondaire, qui n’est pas essentiel, qui est associé à la contingence, au hasard ou à l’absence de volonté. Mais, il s’y ajoute (comme pour la notion de hasard) une dimension psychologique qui est l’intérêt porté à l'événement accidentel. Un événement fortuit, mais sans conséquence, n’est pas qualifié d’accident, c’est seulement lorsqu’il interfère avec nous qu’on le nomme ainsi.

 


© 2019 PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIÉTÉ
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.